‹ Théâtre (volume 3)Chapitre 77 sur 203 · ACTE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIÈME

de la température; c'est vrai, je dois avoir dans mes ancêtres, légitimes ou naturels, un marchand de baromètres. Alors, quand une aire de basses pressions ad sur le continent, comme en ce moment, je suis déprimé. Tu m'en veux?

8ANDRAL

Mais non, on ne t'en veut pas; ce qu'on te dit, c'est pour toi.

FARCIS

Je le sais bien; mais, à partir de l'année prochaine, ça changera. Oh! il n'y a plus que quinze jours... Le premier janvier, je te le promets, j'aurai tué le vieil homme... tu ne me crois pas?

SAN DR AL

Si; mais ne le tue pas dans un accès d'alcoolisme. Et puis, tu ne peux pourtant pas coucher toute t<: vie a l'hôtel. S'il t'est insupportable de rentrer dans ton appartement, prends-en un autre. Veux-tu que je m'en occupe? As-tu besoin d'argent?

FARCIS

C'est que tu m'en as donné, il n'y a pas longtemps.

SANDRAL.

Qu'est-ce que ça fait, puisque nous sommes en compte?... Tu me rembourseras sur les bénéfices. Combien te faut-il? Cinq cents francs? Mille francs?

FARCIS

Oh! avec cinq cents francs, j'aurai assez.

SAN DR AL

Eh bien, je vais te faire un chèque. Ce n'est peutêtre pas très prudent de te laisser une pareille somme entre les mains; mais j'espère que tu seras raisonnable.

FARGIS, prenant le chèque.

La vérité, c'est que j'ai mal commencé le mois... Je t'ai raconté : j'ai vu Ginette qui passait avec Houbrun, et elle avait l'air si heureux ! Alors, depuis ce temps-là... Tiens, j'ai rêvé d'elle encore cette nuit : elle était au Chatham avec cette espèce de pinxit; et elle riait en me voyant. Alors, j'allais vers elle et je lui ouvrais les mâchoires, tu sais, comme un dompteur qui ouvre la gueule d'une lionne, et je lui criais : « Mais ris donc, ris donc ! » C'était affreux !

SANDRAL.

Pauvre diable!

FARGIS

Oui, pauvre diable. Mais tout récemment, tu as eu du chagrin, toi aussi, quand tu as trouvé Yvonne de Vert dans les bras de ce petit... le nom ne me revient pas... enfin de ce ténor mondain. Tu as eu du chagrin. Je te vois encore, pleurant dans ce petit café derrière l'Elysée; je ne me suis pas moqué de toi, je t'ai excusé, je t'ai consolé, je t'ai compris parce que je sais que chacun a sa façon de souffrir.

SANDRAL.

Enfin, peut-on causer avec toi, aujourd'hui?

FARGIS

Dame! tu le vois bien.

SANDRAL.

Parce que je voudrais que nous relisions ensemble ce mémoire pour notre nouveau brevet... Tu sais qu'il faut y apporter des modifications.

Il se dirige vers une bibliolhùque, dans laquelle il prend un dossier.

Travaillons, travaillons! Au fait, comment va ta femme? J'aurais pu te demander plus tôt de ses nouvelles.

Page 1