‹ Théâtre (volume 3)Chapitre 84 sur 203 · ACTE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIÈME

NELLY

Si, je le sais; parce que, depuis quelque temps, la vie m'est apparue sous un autre aspect; j'ai compris qu'elle avait un autre but que l'amour, toujours l'amour! J'ai reconnu surtout qu'il y avait, pour moi, le devoir de ne plus faire les gestes de l'amour, sons amour.

LE HAZAY.

Vous avez raison.

NELLY

Mon ami, je vous ai donné huit ans de ma vie pondant lesquels j'ai toujours songé à votre bonheur, car je savais quels auraient été vos remords, si vous aviez abandonné la malheureuse femme qui était malade auprès de vous; et quand je vous aimais passionnément, je n'ai jamais exigé que vous me la sacrifiiez... reconnaissez-le.

Je le reconnais... mais, lorsque je suis libre, vous ne voulez plus mêler votre existence à la mienne. Et tout cela est assez ironique, et semble donner raison à ceux qui suivent leurs instincts, saisissent le bonheur quand il passe et vivent leur vie, comme ils disent.

NELLY

Ne regrettez pas d'avoir fait votre devoir. Vous pourriez m'en vouloir si j'avais été inconstante, déloyale, cruelle...

LE HAZAY.

Oh! je vous rends justice... Vous n'êtes ni inconstante, ni déloyale; mais cruelle vous l'êtes, et plus que vous ne le pensez.

KELLY

Non, vous savez bien que j'ai de la peine à vous faire

152 LA PATKONNE

de la peine. Hélas! nos sentiments se transforment; nous n'en sommes pas responsables... ce n'est pas votre faute et ce n'est pas la mienne. Je n'ai rien à vous reprocher, mais ce n'est pas une raison... vous auriez pu devenir criminel, et que je n'aie pas cessé de vous aimer. Sait-on pourquoi on commence d'aimer ? Sait-on pour(fuoi on cesse?

LE HAZAY.

Que voulez-vous que je vous réponde? Je ne peux pas vous retenir de force dans une liaison où vous ne trouvez plus le plaisir, à plus forte raison le bonheur. Je devrais peut-être me jeter à vos genoux, vous supplier! Oui, ce serait inutile, je vous connais bien; il suffit de vous regarder, et votre front est comme un mur derrière lequel il ne se passe qu'une seule chose. Laquelle? je n'en sais rien. Vous me dites que vous n'aimez personne.

NELLY

Je vous le répète.

LE HAZAY.

Je vous crois... je vous crois; avec les femmes, tout est possible... Décidément, je mourrai sans les connaître. Alors, après huit ans, comment vos sentiments se sont-ils transformés en quelques mois? Si vous n'aimez personne, c'est incompréhensible; mais, peutêtre croyez-vous n'aimer personne et vous êtes de bonne foi. J'avoue qu'en cet instant, bien des petits faits, certaines paroles me reviennent à l'esprit, et il ne faudrait pas, sans doute, chercher bien loin...

NELLY

Ah! parlons nettement! Je ne veux pas que vous ayez une arrière-pensée. On vous aura dit que j'aimais Robert... Je sais que le bruit en a couru dans notre entourage et une Mme Destrié a bien pu contribuer à le répandre. Eh bien, je vous jure, sur sa vie, que je

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