‹ Théâtre (volume 3)Chapitre 89 sur 203 · VI. li · texte numérisé non relu

VI. li

NELLY

Oui... c'est moi; je ne croyais pas vous surprendre à ce point.

ROBERT

A ce point, non... mais je suis surpris, en effet... Il y a si longtemps...

Que je n'étais venue causer avec vous, le matin : est-ce cela que vous voulez dire?

ROBERT

Oui.

NELLY

Mais, ce matin, j'ai à vous parler.

ROBERT

Je vous écoute.

NELLY

Dites-moi... vous n'auriez pas, par hasard, feuilleté, ces temps-ci, le dossier concernant cette invention de caoutchouc artificiel ?

ROBERT

Oh! ma foi, non... Pourquoi l'aurais-je feuilleté?

NELLY

Je ne sais pas, moi; par curiosité...

ROBERT

Le caoutchouc artificiel ne m'intéresse guère... Mais pourquoi me demandez-vous ça?

NELLY

M. Sandral s'est aperçu qu'on avait touché tout récemment à ces papiers. 11 s'en est aperçu d'une façon bien simple : une feuille qu'il avait placée, avec intention, en tête du dossier, il l'a retrouvée à sa véritable

pagination... c'est donc une preuve que ce dossier a été feuilleté, je disais bien.

ROBERT

C'est une preuve si M. Sandral est certain do ne pas avoir remis lui-même cette feuille à sa place.

NELLY

Il en est certain... Et vous savez que, pour ces choses-là, il a une mémoire infaillible.

ROBERT

Oh! infaillible...

NELLY

Alors, c'est très grave... Il s'agit là d'une invention que des concurrents ont intérêt à connaître... et, s'il y a des fuites...

ROBERT

Enfin, madame, où voulez-vous en venir?

NELLY

Je vous en parle, parce que la chose s'est passée devant moi... C'était hier, dans l'après-midi... il s'est écrié : «Il y a quelqu'un, ici, qui touche à mes affaires. » Aussitôt, il a fait des conjectures, mais pour les écart or, pour en constater l'inauité... Enfin, parmi les personnes peu nombreuses, d'ailleurs, qui peuvent entrer dans son cabinet pendant qu'il est sorti, il n'y en a qu'une qu'il n'a pas nommée... et, par là, il la désignait.

ROBERT

C'est de votre part, madame, une déduction un peu spécieuse; j'espère, en ce cas, qu'il m'a nommé, (un silence.) C'est bien... Alors, pourquoi M. Sandral ne m'a-t-il rien dit de tout cela, tout à l'heure?

NELLY

C'est extrêmement délicat... Il ne peut pas, sur un seul indice...

ROBERT

Oui, tout à l'heure, c'était une preuve; à présent, ce n'est plus qu'un indice... Enfin, indice ou preuve, il ne peut pas m' accuser formellement, il se contente de me soupçonner.

NELLY

Hélas! tout cela coïncide avec d'autres choses...

ROBERT

Quelles choses?...

NELLY

Par exemple, votre intimité, depuis quelque temps, avec Maupeley.

ROBERT

Alors, on m'espionne, maintenant!

NELLY

On ne vous espionne pas; mais ignorez-vous qu'à Paris tout se sait ?

ROBERT

Qu'est-ce que mon intimité avec Maupeley vient faire là-dedans? J'ai fait sa connaissance chez des amis : ces choses-là arrivent tous les jours.

Oh ! certainement.

ROBERT

C'est M. Sandral qui vous a priée d'avoir cette conversation avec moi ?

NELLY

Non, c'est à son insu que j e suis venue vous trouver ; et, même, quoi qu'il arrive, il ne doit jamais connaître ma démarche.

ROBERT

Quoi qu'il arrive, il ne peut rien arriver. Alors, vous

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