‹ Théâtre (volume 3)Chapitre 90 sur 203 · ACTE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

ACTE CINQUIÈME

êtes venue simplement me dire : — « M. Sandral vous soupçonne; mais, comme il n'a pas de preuves, il ne vous parlera de rien », — et comme, d'un autre côté, vous êtes censée ne pas m'avoir parlé, je ne peux pas non plus provoquer une explication... c'est trop commode... Je ne comprends pas ce que vous êtes venue faire... Pourquoi êtes-vous là?

KELLY

Parce que tout ce qui vous atteint m'atteint moimême; parce que l'idée qu'un tel soupçon plane sur vous m'est insupportable... Je suis venue avec l'espoir que, dans la sincérité de votre indignation, je ne sais pas, moi, dans un cri de révolte, je sentirais, oui, je sentirais que vous n'étiez pas coupable.

ROBERT

Encore faudrait-il que je sache exactement de quoi on me soupçonne; et, quand bien même, on peut simuler l'indignation, et un cri de révolte ne prouve rien... ça s'imite très bien. Vous parlez là comme une femme, et ma dénégation, pour n'être pas aussi tumultueuse ni aussi théâtrale que vous l'eussiez désirée, n'en est pas moins valable.

NELLY

Je parle comme une femme, parce que je ressens comme une femme... Et votre trouble, votre pâleur, quand je suis entrée ici, tout à l'heure, cela s'imite-t-il aussi?

ROBERT

Je suis un peu souffrant... je ne vais pas très bien, en ce moment. Que votre mari soit affolé à l'idée d'une indiscrétion, de fuites possibles, je n'y puis rien; que, dans son affolement, il me soupçonne, qu'y puis-je encore ? Il lui est aussi difficile de prouver que c'est moi qu'il m'est impossible de prouver que ce n'est pas moi. Dans cos conditions, nous nous séparerons, voilà

tout... J'irai moi-même au-devant d'une séparation qu'il me proposera, sans doute, sous n'importe quel prétexte.

NELLY

Ah! comme vous me parlez, Robert, et comme vous méconnaissez la signification de ma démarche. N'ai-je pas été toujours une amie, ne le suis-je pas encore? Ah! je ne l'ai jamais été plus qu'en ce moment, je vous le jure, et vous ne me comprenez pas, vous ne voulez pas me comprendre. Alors, je parlerai brutalement : M. Sandral ne vous soupçonne pas, il vous accuse; il a la conviction qu'il y a partie liée entre Maupeley et vous, au sujet de cette affaire; il a la certitude que vous êtes en train d'étudier ce dossier. Si vous aviez entendu de quel ton il m'a dit : — « Ce ne peut être que ton Robert!» — • Ton Robert! Il m'a semblé que l'insulte rejaillissait sur moi ! Il est sorti en disant : — « J'en aurai bientôt le cœur net. » — Evidemment, il vous tend un piège... Lequel? je n'en sais rien... et c'est pourquoi je suis venue pour vous avertir, pour vous prévenir. Voilà ce que je suis venue faire.

ROBERT

Je regrette pourtant de nepouvoirvous en remercier.

NELLY

C'est bien... si, malgré les apparences, vous n'êtes pas coupable, ah! tant mieux, tant mieux! J'imagine, n'est-ce pas? que vous ne laisseriez pas accuser une autre personne, un domestique... c'est bien : il ne me reste plus qu'à vous demander pardon.

ROBERT

Oh! madame, vous n'avez pas à me demander pardon.

NELLY

Si... puisque j'ai été injuste; mais c'est votre faute : mon pauvre enfant, vous êtes bien changé depuis

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