‹ Théâtre (volume 3)Chapitre 9 sur 203 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

ROBERT

Enfin, sans vous connaître, j'avais déjà pensé à vous.

ADRIENNE

Oui?

ROBERT

Forcément... et qu'une jeune femme, jolie comme on ne Test pas, ait respiré pendant quelques heures entre les quatre murs de ma chambre, n'était-ce pas une sorte de roman et, pour un collégien de seize ans, de quoi rêver? C'est à ce point que, lorsque vous êtes entrée, tout à l'heure, je vous ai reconnue.

Parhleu! nous sommes arrivés en retard; on devait dire : — Cette Mme Destrié, il faut toujours qu'on l'attende... — c'est comme ça que vous m'avez reconnue.

ROBERT

Ça pouvait très bien ne pas être vous... une autre femme pouvait s'appeler Mme Destrié... vous pourriez avoir une belle-so?ur... Non, non, je vous ai reconnue.

ADRIENNE

Et c'est pour ça que vous me regardiez avec tant d'insistance pendant le dîner... Je me disais : mais qu'a donc ce jeune homme à me regarder ainsi?

ROBERT

Vous ai-je déplu? En ce cas, je vous demande pardon.

ADRIENNE, eflïoyablcmont coquottc.

Je ne dis pas cela; seulement, j'étais très intimidée.

ROBERT

Oui, je vous regardais, je vous admirais... j'aurais

donné la moitié de ma vie pour être placé à côté de vous à table.

ADRIENNE

Vous auriez eu tort : on ne voit pas les gens quand on est placé à côté d'eux et, pour m'admirer, vous étiez mieux en face de moi.

Enfin, madame, je désirais que le dîner fût terminé pour vous poser cette question : Êtes-vous la dame de Revel? Gomment ai-je osé vous aborder, vous parler? moi qui suis si ridiculement timide, je ne sais pas... j'ai été poussé vers vous. Ah! madame, je vous assure que ce n'est pas une rencontre banale que la nôtre! Il n'y a pas de mots pour exprimer ce que je ressens.

ADRIENNE

Il n'y a pas de mots, vraiment?

ROBERT

Mais non, il faudrait la plus belle musique dans le plus beau paysage; votre présence est comme un éclair qui durerait depuis deux heures. Enfin, madame, je suis là, auprès de vous, je ne peux pas m'en aller. Tenez, madame, en ce moment, ces messieurs sont au

fumoir, je devrais être avec eUX, (Avec une violence comique:)

je devrais aller fumer ! Une force invincible me cloue là, auprès de vous. Il me semble que je vis dans un rêve!

ADRIENNE

A votre âge, on dit ces choses-là à toutes les femmes.

ROBERT

A quelles femmes les dirais-je? Je ne connais pas de femmes comme vous. Celles qui vous ressemblent je ne les avais vues jusqu'à présent passer que de loin, jamais aucune ne m'avait parlé. Je vous l'ai déjà dit : c'est la première fois que je vois ce monde-là, votre monde.

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