ACTE CINQUIÈME
pour Robert et qui m'a amenée ici, ce matin, je veux te l'expliquer. Vois-tu, il y a chez la plupart des femmes, une soif d'être maternelles et qui veut s'étancher. Tu le sais bien, je me suis tout de suite intéressée à cet enfant... dans les premiers temps qu'il était ici, nous causions fréquemment et j'ai senti bientôt naître et croître dans mon cœur une affection très tendre, très profonde, pour Robert... et très pure. Que, devant certaines réalités, à cause aussi de sa présence continuelle, cette affection se soit transformée en un sentiment plus dangereux, en une sorte de trouble, je ne le nie pas... je ne le nie pas; mais, dès que je m'en suis aperçue, j'ai fait en sorte que luimême ne pût s'en apercevoir. Et voilà que, devant lui, tu m'accuses d'être sa maîtresse... alors que la pensée d'une telle possibilité ne devait jamais l'effleurer. Ah! quelle honte! Je te pardonne tes soupçons, ton emportement, tout cela ne m'atteint pas; mais que tu lui aies livré, en quelque sorte, le secret que je gardais au fond de moi-même, cela, je ne te le pardonne pas!
SANDRAL.
Alors, c'est toi qui dispenses le pardon? Tu intervertis singulièrement les rôles; mais, pour que tu me pardonnes, il faut d'abord que je te croie.
NELLY
Qu'importe!
SANDRAL.
Comment, qu'importe?
Après ce que je viens de te dire, tant pis si ma
sincérité n'éclate pas à tes yeux! Et puis, voyons,
sommes-nous un mari et une femme, ou bien des
irades, des amis, un ménage comme il y en a tant
d'autres? Ne me force pas à dire certaines choses.
SANDRAL.
Quelles choses?
NELLY
N'as-tu pas eu des maîtresses? N'avais-tu pas encore tout récemment une trop jeune maîtresse? Et moi-même...
SANDRAL, instinctivement.
Toi!
NELLY
Oh! tu le sais bien... Nous sommes seuls, personne ne nous entend... pas d'hypocrisie entre nous... c'est comme ça, c'est comme ça. Nous savons l'un et l'autre a quoi nous en tenir et nous n'en souffrons pas. Alors, sois logique et ne fais pas tout à coup les cris et les gestes d'un mari jaloux.
SANDRAL.
Il s'agit bien d'être logique! Une chose certaine, c'est que tu t'es mise en travers de mes projets... Je voulais surprendre ce petit malfaiteur la main dans le sac, tu m'en as empêché... Enfin, me diras-tu au moins ce qui s'est passé?
Je vais te le dire; cela tient en peu de mots : dès que tu as été parti, je suis venue auprès de Robert, je l'ai interrogé... et il a avoué.
SANDRAL.
Ah! il a avoué : tu vois bien que j'avais raison.
NELLY
Attends... il a avoué son intention de donner des renseignements à Maupeley, mais il n'a encore rien livré.
SANDRAL.
Il n'a encore rien livré ! Ah ! tu aurais bien dû com-