‹ Théâtre (volume 4)Chapitre 115 sur 237 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

PHILIPPE

Oui, je t'aime...

HÉLÈNE

Tu n'as pas Tair de m'aimer.

PHILIPPE

Mais si... mais si... je t'aime plus que tu ne le crois, plus que je ne le crois moi-même. Seulement, je te le dis mal ici, parce que, n'est-ce pas? on se sent entouré, épié... il y a des choses qu'on ne dit bien à sa maîtresse que seuls et dans l'ombre... moi, je t'ai expliqué... c'est une chose que j'ai... je ne peux pas écrire un bleu passionné dans un bureau de poste et je ne peux pas faire une déclaration au milieu d'un bal.

Parce que tu es un homme. Tiens, il y a la grosse Mme Bladru, M™^ Bladru du Gers, qui nous regarde en ce moment... je crois même que tu lui plais beaucoup... si tu la veux, je te la donne; seulement, je te préviens, tous ses amants deviennent phtisiques, ils s'en vont tous

de la poitrine... (.Madame Bladm passe dans le fond.) Tu VOis,elle

me fait des petits signes d'amitié. Oui, madame, c'est mon amoureux. Bonjour, madame. J'ai l'air de causer de choses indifférentes et ça ne m'empêche pas de te dire des choses très intimes, de te dire que je suis folle de toi, que toutes mes pensées vont vers toi et que demain... demain je serai tout entière à toi... Qu'est-ce que tu as? Ça n'est pas gentil, ce que je te dis?

PHILIPPE

Si... mais...

HÉLÈNE

Mais quoi?

PHILIPPE

Ça m'ennuie quand je te vois si bonne... comédienne... alors, je me dis...

HÉLÈNE

Tu te dis des bêtises, parce que tu n'es qu'une bête,

quoique tu aies beaucoup de talent, à moins que tu n'aies que du génie ! je t*adore !

PHILIPPE

Moi aussi, je t'adore.

Je n'en sais rien.

PHILIPPE

Mais si, puisque je suis très bête, et je sens que je pourrais souffrir beaucoup par toi.

HÉLÈNE

C'est vrai, mon amour? Ail right, c'est ce qu'il faut, mais sois tranquille, je ne te ferai pas souffrir, quand ce ne serait que par égoïsme, car j'ai trop besoin de toi dans ma vie et de sentir que ta pensée m'enveloppe à chaque instant.

PHILIPPE

Oui, aimons-nous simplement et profondément, sans mensonges, sans taquineries, sans jalousies... il n'y a que les amants vulgaires qui aient besoin de ces stimulants, comme les mauvais chevaux ont besoin d'éperons et de cravache.

HÉLÈNE

Enfin, demain... on se verra, on se verra bien, chez toi, chez nous...

PHILIPPE

quelle heure ?

HÉLÈNE

Je serai libre de bonne heure... Gaston part ce matin pour Londres, je crois, mais il ne veut pas qu'on le sache. Il est toujours si mystérieux pour ses affaires. Enfin, je viendrai tout de suite, après le déjeuner, à moins qu'il ne parte pas... Attends-moi toujours jusqu'à quatre heures!... Ah! si nous pouvions être librement l'un à l'autre, j'ai toujours peur que tu te lasses.

Je t'aime.

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