ACTE PREMIER
HÉLÈNE
Tu ne m*as même pas dit si j'étais jolie... si j'avais une belle robe.... Est-ce que je te plais?
PHILIPPE
Infiniment.
HÉLÈNE
Mais attention! on nous observe. (Eiie parie plus haut avec affectation.) J'aime beaucoup cette heure dans un bal, quand les fleurs sont fanées et les femmes fatiguées. La vie brûle, les odeurs s'exaspèrent, et il plane une sensation vague de décomposition, comme dans tous les endroits où la vie est trop intense.
Elle se dirige vers la fenêtre.
PHILIPPE
Oui, c'est cette sensation-là que j'ai éprouvée dajas les villes voluptueoises, sous le soleil. Je pensais à la mort. Qu'est-ce que vous regardez?
HÉLÈNE, ourrant la fenêtre.
Il fait jour déjà... C'est joli, l'avenue... De quelle couleur est-ce?... mauve?...
PHILIPPE
Lilas plutôt.
HÉLÈNE
Vous avez raison, o'est lilas. 11 y a des gens qui vont travailler déjà, qui sont déjà levés quand nous ne sommes pas encore couchés. C'est drôle. Tenez, regardez, celui-là qui passe. Pauvre homme! Il nous a vus, allons-nous-en! Que doivent-ils penser, lorsqu'ils voient des fenêtres éclairées à cette heure-ci et qu'à l'une de ces fenêtres, ils aperçoivent une femme décolletée et semée de diamants.
PHILIPPE
Ils pensent qu'il y a un bal dans la maison.
HÉLÈNE, ^avcmrnt.
Ils pensent peut-être à d'autres choses... et c'est forcé... Je comprends que l'homme de tout à Kheure
soit anarchiste... pourtant il riait en nous regardant; il avait une bonne figure. En tout cas, il aurait plus de raisons de nous en vouloir que Yorick Lambert.
PHILIPPE
Lambert est un anarchiste littéraire et mondain; il dit : « Grève donc, société ! », mais à la nouvelle année il dépose des marmites pleines de marrons glacés dans les maisons où il a dîné.