SCÈNE II Les Mêmes, PHILIPPE, HÉLÈNE
STANY.
Tiens, vous voilà, vous? D'où sortez-vous donc?
HÉLÈNE
Nous venons de nous promener, dans le parc, autour de la pelouse; il fait un clair de lune merveilleux.
MADAME LEFORMAH.
Hélène, tu aurais dû mettre quelque chose sur les épaules, mon enfant... Tu n'as pas eu froid?
HÉLÈNE
Mais non, mère chérie, je t'assure.
SUREAU
Dites-moi, des Trembles, il ne faut pas nous faire manquer notre train.
DES TREMBLES
Oh! vous avez le temps... le train est à dix heures dix-neuf.
A quelle heure as-tu dit qu'on attelle?
DES TREMBLES
A dix heures moins le quart... nous vous accompagnerons.
SUREAU
Ne vous donnez donc pas cette peine.
DES TREMBLES
Comment donc !
GOTTE
Mais y aura-t-il assez de places?
DES TREMBLES
Oui, oui, j'ai fait atteler le break.
Pendant toute cette conversation, le domestique a desservi; puis la conversation reprend, générale.
MADAME LEFORMAH.
Hélène, tu savais que le frère de M. de Fréville divorçait?
HÉLÈNE
Non, c'est la première nouvelle. Ah! il divorce? Combien y a-t-il de temps qu'il était marié?
ANDRÉ
Trois ans.
Votre frère avait fait, je crois, un mariage d'amour.
ANDRÉ
Absolument; il n'en admettait pas d'autres... Vous voyez comment se terminent ces unions-là?
STANY.
Et c'est logique : les mariages d'amour sont les seuls qui ne puissent pas durer, car ils supposent des âmes d'amants, et être amants, n'est-ce pas avoir le désir continuel de sensations, de troubles, de mystère et d'inconnu, d'inconnu?
HÉLÈNE
Alors, selon vous, on ne peut pas rester amants dans le mariage ?