‹ Théâtre (volume 4)Chapitre 130 sur 237 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

STANY.

Il faut croire que c'est difficile, puisque des gens qui s'entendent à merveille tant qu'ils ne sont pas mariés ne peuvent plus se sentir dès qu'ils le deviennent... et réciproquement.

ANDRÉ

Il y a dans ce mot mariage un étrange pouvoir dissolvant.

STANY.

Ce n'est pas seulement dans le mot, c'est dans l'institution; en somme, c'est une chose monstrueuse et contre la nature même; vous vous engagez à ne pas changer quand tout autour de vous et surtout en vous se modifie, évolue sans cesse.

Faites attention, Stany, votre femme est là.

STANY.

Ma femme! Elle pense comme moi.

HÉLÈNE

C'est vrai, Gotte?

GOTTE

Mais oui... je commence.

MADAME LEFORMAH.

C'est nouveau alors, mon enfant... tant pis, tant pis.

GOTTE

Ou tant mieux, tant mieux.

HÉLÈNE

Et vous, Philippe, qu'en pensez- vous?

PHILIPPE

Je pense que le mariage serait une association noble et durable, si l'homme et la femme y apportaient des droits et des devoirs égaux.

ANDRÉ

Oui, c'est possible... et puis, sur ces questions-là, on ne peut rien dire; enfin, voilà mon frère qui s'est marié malgré nos parents presque, qui adorait sa femme; d'ailleurs, il Ta épousée, elle n'avait pas un sou, elle lui devait tout... ça n'empêche pas qu'il l'a trompée.

HÉLÈNE

Ah! c'est lui qui la trompait?

ANDRÉ

Mais oui, c'est lui. Il la trompait, il la trompait, c'est-à-dire que de temps en temps il revoyait une ancienne camarade; mais ce n'est pas une trahison, une ancienne camarade.

HÉLÈNE

Non. Qu'est-ce que c'est alors?

MADAME SUREAU

C'est de la fidélité pour l'ancienne camarade.

ANDRÉ

C'est un pèlerinage, on ne divorce pas pour ça.

HÉLÈNE

Pourtant, si votre belle-sœur avait eu un pèlerinage de son côté, votre frère l'eût trouvée mauvaise.

ANDRÉ

Naturellement, ça n'est pas la même chose.

HÉLÈNE

Mais si, c'est absolument la même chose! Alors la femme ne souffre pas, elle? Elle n'est pas jalouse, elle n'en a pas le droit.

ANDRÉ

Je comprends qu'une femme soit jalouse, si son mari a une liaison sérieuse, absorbante ; mais elle doit pardonner des distractions convenablement espacées.

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