‹ Théâtre (volume 4)Chapitre 134 sur 237 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

joyeuse, au contraire; vous avez été esclaves et résignées, vos filles seront heureuses et libres.

STANY.

C'est ce que disaient ceux qui ont fait la grande Révolution, en pensant à leurs fils.

SUREAU

S'ils pouvaient les voir, leurs fils !

HÉLÈNE

Mais songe donc, de ton temps, quand vous n'aviez pas le divorce, que serais-tu devenue si tu n'avais pas aimé ton mari, si tu n'avais pas pu l'aimer?

MADAME LEFORMAH.

Quand une jeune fille arrive au mariage, innocente comme je l'étais, elle est toute disposée à aimer son mari et elle l'aime, à moins qu'il ne soit indigne d'être aimé; que ce soit, je ne sais pas, moi, un voleur ou un assassin, et encore, on avait la séparation.

HÉLÈNE

Oui, je sais bien, on a prévu le cas de l'homme voleur ou assassin, ou faux-monnayeur, c'est admirable! Mais on n'a pas prévu le cas d'un homme qui vous déplairait. On ne peut pourtant pas rester avec un monsieur qui vous déplaît.

MADAME LEFORMAH.

S'il vous deplait tant que ça, il ne faut pas l'épouser.

HÉLÈNE

Il ne faut pas l'épouser ! Est-ce qu'on le sait d'avance ? Un homme peut être passable comme ça dans le monde, en habit ou en jaquette, et à certains moments être brutal, effrayant.

MADAME SUREAU, doiicemont.

Ou grotesque.

SUREAU

Merci.

HÉLÈNE

Alors on serait lié toute la vie avec cet être-là? Ça ne résiste pas à l'analyse.

MADAME LEFORMAH.

Que veux-tu que je te dise, ma chère enfant? Comment savoir d'avance, comment s'éclairer? On ne peut pourtant pas... Non, je ne peux pas vous suivre sur ce terrain-là.

HÉLÈNE

Ne te dérange pas, on y va sans toi.

ANDRÉ

C'est pour ça, madame, que le divorce est une chose admirable, car il permet à une femme mariée d'essayer loyalement une douzaine d'amants jusqu'à ce qu'elle -ait trouvé son type.

SUREAU

Ça n'est pas drôle pour le type.

MADAME SUREAU

Moi, je trouve au contraire que c'est très flatteur.

ANDRÉ

Taisez-vous, madame Chocolat.

MADAME SUREAU

Cette pauvre M^^ Leformah ne sait plus où elle en

>est.

MADAME LEFORMAH.

Le fait est que vous m'épouvantez avec vos théories.

HÉLÈNE

Nous marchons avec notre temps.

Si vous ne marchiez qu'avec votre temps !

MADAME LEFORMAH.

Au fond, je suis très inquiète, et je ne sais pas ce que l'avenir nous réserve avec ces idées-là, c'est effrayant!

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