ACTE DEUXIÈME
joyeuse, au contraire; vous avez été esclaves et résignées, vos filles seront heureuses et libres.
STANY.
C'est ce que disaient ceux qui ont fait la grande Révolution, en pensant à leurs fils.
SUREAU
S'ils pouvaient les voir, leurs fils !
HÉLÈNE
Mais songe donc, de ton temps, quand vous n'aviez pas le divorce, que serais-tu devenue si tu n'avais pas aimé ton mari, si tu n'avais pas pu l'aimer?
MADAME LEFORMAH.
Quand une jeune fille arrive au mariage, innocente comme je l'étais, elle est toute disposée à aimer son mari et elle l'aime, à moins qu'il ne soit indigne d'être aimé; que ce soit, je ne sais pas, moi, un voleur ou un assassin, et encore, on avait la séparation.
HÉLÈNE
Oui, je sais bien, on a prévu le cas de l'homme voleur ou assassin, ou faux-monnayeur, c'est admirable! Mais on n'a pas prévu le cas d'un homme qui vous déplairait. On ne peut pourtant pas rester avec un monsieur qui vous déplaît.
MADAME LEFORMAH.
S'il vous deplait tant que ça, il ne faut pas l'épouser.
HÉLÈNE
Il ne faut pas l'épouser ! Est-ce qu'on le sait d'avance ? Un homme peut être passable comme ça dans le monde, en habit ou en jaquette, et à certains moments être brutal, effrayant.
MADAME SUREAU, doiicemont.
Ou grotesque.
SUREAU
Merci.
HÉLÈNE
Alors on serait lié toute la vie avec cet être-là? Ça ne résiste pas à l'analyse.
MADAME LEFORMAH.
Que veux-tu que je te dise, ma chère enfant? Comment savoir d'avance, comment s'éclairer? On ne peut pourtant pas... Non, je ne peux pas vous suivre sur ce terrain-là.
HÉLÈNE
Ne te dérange pas, on y va sans toi.
ANDRÉ
C'est pour ça, madame, que le divorce est une chose admirable, car il permet à une femme mariée d'essayer loyalement une douzaine d'amants jusqu'à ce qu'elle -ait trouvé son type.
SUREAU
Ça n'est pas drôle pour le type.
MADAME SUREAU
Moi, je trouve au contraire que c'est très flatteur.
ANDRÉ
Taisez-vous, madame Chocolat.
MADAME SUREAU
Cette pauvre M^^ Leformah ne sait plus où elle en
>est.
MADAME LEFORMAH.
Le fait est que vous m'épouvantez avec vos théories.
HÉLÈNE
Nous marchons avec notre temps.
Si vous ne marchiez qu'avec votre temps !
MADAME LEFORMAH.
Au fond, je suis très inquiète, et je ne sais pas ce que l'avenir nous réserve avec ces idées-là, c'est effrayant!