ACTE DELXJÈME
PHILIPPE
Je connais une romance dont le refrain est : « Ne pleure pas, le noir te va si bien ! » C'est par ce refrain que je te répondrai.
HÉLÈNE, avec clan.
Ah! mon amour, pour une blonde comme moi, un grand deuil sans chagrin, c'est le rêve! Et puis, je la quitterai bientôt cette triste couleur qui me rattache encore au passé et nous nous marierons. . . Ça ne t'effraie pas, le mariage ?
PHILIPPE
Avec toi, je l'envisage avec bonheur.
HÉLÈNE
Et moi avec passion... quoique André prétende qu'il y ait dans ce mot un étrange pouvoir dissolvant. Ah! ils m'ont fait du mal tout à l'heure, avec leur conversation. Si c'était vrai pourtant qu'il n'y ait pas d'amour possible dans le mariage?... Ah! vois-tu, j'aimerais mieux que nous restions amants. Et d'ailleurs nous serons amants, n'est-ce pas? Le mariage, pour moi, n'est qu'un mot, une formule, pas même, une formalité... je n'y tiens pas, et je serais très fière de rester ta maîtresse; mais il faut l'accomplir, cette formalité : ma mère n'admet pas l'union libre., c'est sur ce terrainlà qu'elle ne me suivrait pas... et puis c'est aussi pour mon fils, ce pauvre petit bonhomme... il faut que sa maman ait une situation réguUère... je te parais bourgeoise, hein?
PHILIPPE
Pas du tout... Tu es vraiment celle que j'attendais et dont j'avais besoin... Oui, j'avais besoin de toi..^ j'aime ton cerveau et ton cœur, et si tu n'étais pas ma maîtresse, je voudrais être ton ami. Ah! vois-tu, l'essentiel pour l'homme, c'est de rencontrer dans sa vie l'étrangère vêtue de rêve qui lui ressemble comme une sœur; alors, avec celle-là, on peut se marier, il n'y
a pas de danger. Et puis nous garderons jalousement notre bonheur, nous l'emmènerons loin des villes, nous vivrons beaucoup à la campagne, et surtout nous ne mettrons pas de gens entre nous, pas d'ami ni d'amie intime... et puis je travaillerai pour toi, je tâcherai de devenir quelqu'un, et dans ces conditions, je crois que nous sellons heureux, Hélène.
HÉLÈNE, gravement.
Je le crois aussi, Philippe... d'ailleurs, je le répète, je t'aimerai très bien. J'imagine que ce qui tue l'amour dans le mariage, c'est le perpétuel tête-à-tête, le perpétuel côte-à-côte... Je saurai te laisser seul avec toimême ; je comprendrai que tu as besoin de te distraire, de voyager... tu n'auras pas besoin de me le demander, je je le devinerai et je te dirai : Va-t'en !
PHILIPPE
Et alors, je te répondrai : mais je suis très bien ici,
et je reste.
HÉLÈNE
C'est bien là-dessus que je compte... mais, même si tu t'en allais, je ne t'en voudrais pas, car tu me reviendrais plus aimant... certainement je souffrirais, il faut bien payer son bonheur... on ne peut pourtant pas exiger une félicité absolue, sans ça la Providence aurait le droit de vous envoyer coucher.
PHILIPPE
On irait.
HÉLÈNE
Bien sûr... Et puis, tu ne partirais pas toujours tout seul... quelquefois tu m'emmènerais... nous irions ensemble à Venise.
PHILIPPE
Tu y es allée déjà à Venise.
HÉLÈNE
Avec mon mari, oui, mais ça ne compte pas; c'est comme si je n'y étais pas allée. Je suis arrivée le soir