SCÈNE PREMIÈRE ANTONÏA DE MOLDÈRE, ROGER, PIERRE, LISTEL
JULIETTE, autour de la table.
Le dîner touche à sa fin : on en est au dessert. Sur la t;4ble, des fruits.
LISTEL
Ces fraises sont excellentes : je n'en ai pas mangé d'aussi bonnes depuis ma première communion.
ANTONIA
Vous exagérez; il est vrai que les fraises sont très bonnes ici.
LISTEL
Et sous le rapport de la nourriture, en Italie, on n'est pas gâté.
JULIETTE
On ne vient pas ici pour manger.
ANTONIA
On vient pour aimer.
Raison de plus : il faut manger, et le mieux c'est encore d'être chez soi. En somme, vous avez pris le moyen le plus pratique, quand on veut passer quelque temps à Venise : il faut louer un palais ou un appartement dans un palais, sur le grand Canal. Combien payez- vous ici, sans indiscrétion?
ANTONIA
Trois cents francs par mois.
LISTEL
Et vous avez le piano ?
ANTONIA
Naturellement.
JULIETTE
Vous avez un piano, Antonia? Où donc est-il?
PIERRE
Ce n'est pas le piano instrument, ma chérie... en italien, piano veut aussi dire étage.
JULIETTE
Ah ! bien ! bien ! Je ne savais pas.
LISTEL
Et vous occupez tout le rez-de-chaussée, le rez-de- €anal pour être plus exact?
ANTONIA
Oui, tout le rez-de-chaussée.
Et vous dites trois cents francs par mois... Ça n'est pas cher, ça n'est pas cher.