A>'TOMA
Oh! vous ne pouvez pas le connaître : il écrit des choses de philosophie, d'art; ça ne s'adresse pas...
LISTEL
Aux imbéciles; alors, en effet, je ne peux pas le connaître.
ANTOMA.
Non, mais ça ne s'adresse pas aux gens du monde... Voyons, mon petit Listel, vous êtes très spirituel, très amusant, mais il y a des choses que les gens du monde comme vous ne lisent jamais. Voilà ce que je voulais dire.
LISTEL
Oui, c'est un symboliste.
ANTOMA.
Vous êtes absurde, mon cher. N'employez donc pas des mots dont vous ne comprenez pas la portée. Qu'est ce que ça signifie, un symboliste? Savez-vous ce que c'est seulement?
LISTEL
Oh! pardon, je vous demande pardon. Enfin, il a beaucoup de talent. Et l'autre monsieur, qui est-ce?
C'est un ami de M. Dembrun... c'est un peintre.
LISTEL
Beaucoup de talent aussi.
ANTONIA
Non, aucun... du moins, je ne sais pas... je n'ai jamais rien vu de lui.
LISTEL
C'est sa femme qui est avec lui?
ANTONIA
Non...
LISTEL
Oui... Alors, j'aurais pu amener une femme.
ANTONIA
Vous savez, à Venise, il ne faut pas être trop...
LISTEL
Oh! certainement. Enfin, vous n'êtes pas toute seule ici, vous avez des amis... Ça me rassure.
ANTONIA
Vous êtes bien bon.
LISTEL
Et à quoi passez-vous vos journées?
Je me lève tard, je déjeune à midi et, l'après-midi, je fais des visites dans les églises ou dans les musées, avec mes amis; mais nous ne voyons pas cela comme des Anp-lais...
LISTEL
Oh! je pense bien.
ANTONIA
Une église, une salle de musée par jour, cela me suffît, et puis, de temps en temps, je vais revoir un tableau qui m'a plu : j'ai comme ça des amis un peu partout, à l'Académie, aux Frari, dans les palais. Et puis, vers cinq heures, je prends une gondole, je me fais conduire au Lido, à l'affreux Lido, et je m'assieds en face de la molle Adriatique; je regarde la flottille des bateaux de Chioggia avec leurs voiles noires, jaunes et rouges; il y en a qui ressemblent à des clowns avec de grosses eu-