‹ Théâtre (volume 4)Chapitre 180 sur 237 · ACTE PKEiMlEH · texte numérisé non relu

ACTE PKEiMlEH

PIERRE

Oui, comme une fraîche soirée termine un jour brûlant. Évidemment ce serait mieux ; mais cela revient à dire qu'il faudrait nous débarrasser tout à coup des idées que nous avons héritées depuis des siècles... et encore empêcherez-vous les passionnés de souffrir?

ROGER

Ils souffriront... s'ils sont passionnés, que peuvent-ils désirer de mieux que leur souffrance, et ils n'ont pas besoin d'y ajouter la calomnie, le fer et le poison. Oui, en parlant un langage de justice et de résignation, on viendrait efficacement au secours des âmes moyennes, c'est-à-dire de la masse qui est malheureuse parce qu'on lui parle précisément le langage contraire, qui souffre en un mot, parce que c'est dans les livres. Tenez, à l'heure qu'il est, mettez au théâtre un amant qui se sépare d'une maîtresse infidèle, et si cet amant ne la tue pas, ou tout au moins ne la traîne pas par les cheveux en la piétinant, on dira qu'il ne l'aimait pas. Et pourtant !

Oui, tout cela est fort beau en théorie; mais vousmême...

ROGER

Je sais ce que vous allez me dire. Écoutez-moi : j'adore M"^^ de Moldère et je crois qu'elle m'aime; mais le jour où elle ne m'aimera plus, je prétends qu'elle me le dise loyalement, bravement...

PIERRE

Faites attention, les voici qui reviennent.

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