ACTE DEUXIÈME
MADAME DANGLEJAIS.
Vous devez être féministe, monsieur, comme tous les gens intelligents.
LISTEL
Alors, ce n'est peut-être pas très modeste à moi de Tavouer, mais en effet, madame, j'ai plutôt des tendances fémiRistes.
MADAME DANGLEJAIS.
A la bonne heure. Oui, je suis revenue avec des idées nouvelles ; il faut voyager, il faut voir ce qui se passe dans les autres pays; j'ai un grand projet. Nous sommes très routiniers en France...
LE DOMESTIQUE, annonçant.
Monsieur Damornay.
ANTONIA
Ah! voilà une agréable surprise. Bonjour, mon vieil ami.
DAMORNAY.
Bonjour, ma belle amie. Vous vous portez toujours bien, il n'y a pas besoin de vous le demander. Vous êtes plus jolie et plus séduisante que jamais.
ANTONIA
Et vous, vous êtes toujours le plus galant homme du monde. Et d'où venez-vous? Qu'avez-vous fait cet été?
DAMORNAY.
Je suis allé comme tous les ans faire une saison à Contrexéville.
, ANTONIA
C'est joli?*
DAMORNAY.
C'est affreux. Imaginez-vous une cuvette dans laquelle on tourne; on voit tout le temps les mêmes gens.
Y avait-il au moins quelques figures de connaissance?
DAMORNAY.
Pas la moindre.
ANTONIA
Madame Damornay était avec vous?
DAMORNAY.
Non, ma femme était à Vichy pour son foie.
ANTONIA
Avec sa fille, probablement?
DAMORNAY.
Non, ma fille était à Salies-de-Béarn où elle prenait des bains dans de la boue.
LISTEL, bas à Madame Danglejais.
Charmante famille, bien parisienne.
ANTONIA
Vraiment, je ne savais pas que votre fille fût malade.
DAMORNAY.
M^is si, malheureusement, c'est à la suite de...
Il continue à voix basse.
LISTEL, à Madame Danglejais.
Alors, madame, vous avez causé avec Ibsen?
MADAME DANGLEJAIS.
Oui, j'ai eu cette noble émotion.
LISTEL
Quel homme est-ce ?
MADAME DANGLEJAIS.
C'est un homme tout à fait supérieur.
LISTEL
Je pense bien... mais je voulais dire...
LE DOMESTIQUE, annonçant.
Monsieur Cherange.
CHE RANGE, venant saluer Antonia.
Bonjour, madame, votre santé est bonne?