ACTE DEUXIÈME ai
ANTONIA
Je VOUS remercie, (Présentant.) Monsieur Cherange, monsieur Damornay; c'est monsieur qui est l'auteur d'un livre qui fait beaucoup de bruit en ce moment : «'est un Essai sur la culture des sensations malsaines^ ouvrage, comme son nom l'indique, de pure idéologie.
DAMORNAY.
Je l'ai lu. C'est étonnant comme monsieur est jeune pour avoir écrit un livre aussi documenté.
CHERANGE.
A seize ans, monsieur, Pascal avait écrit le Traité des coniques.
DAMORNAY.
En effet, monsieur, en effet, mais je veux dire que c'est un livre qui dénote de l'expérience, de la maturité, et même de la dyspepsie.
LE DOMESTIQUE, annonçant.
Madame Egreth.
MADAME EGRETH.
Bonjour, madame.
AN TON I A
Bonjour, chère madame, comme il y a longtemps que je n'ai eu le plaisir de vous voir. M. Egreth va bien?
MADAME EGRETH.
Mais très bien, madame, je vous remercie.
ANTONIA
Et votre petit bonhomme, Alfred, je crois?
MADAME EGRETH.
Oui, Alfred ; c'est un grand garçon à présent.
ANTONIA
Quel âge a-t-il donc?
MADAME EGRETH.
11 a huit ans.
ANTONIA
Huit ans ! C'est vrai, la dernière fois que je l'ai vu, il était encore en robe ; il est toujours gentil?
MADAME EGRETH.
Oh ! très gentil. Il nous donne beaucoup de satisfaction, il travaille très bien.
ANTONIA
Déjà! A quoi donc?
MADAME EGRETH.
Mais nous voudrions qu'il entrât à l'École polytechnique.
ANTONIA
Vous vous y prenez de bien bonne heure.
MADAME EGRETH.
On ne saurait jamais s'y prendre assez tôt : l'admission aux grandes écoles du gouvernement et à l'École polytechnique en particulier devient de jour en jour plus difficile.
ANTONIA
Alors, vous voulez en faire un artilleur?
MADAME EGRETH.
Oh! non, je ne crois pas qu'il aimera le métier militaire : c'est un enfant très doux, et il a plutôt des façons de petite fille.
Alors ?
MADAME EGRETH.
Mais comme c'est un bûcheur et que son professeur le trouve très doué pour les mathématiques, nous espérons qu'il pourra sortir dans les tabacs.
LISTEL
Pourquoi pas?
MADAME EGRETH.
Nous l'espérons, mais il ne faut pas le dire trop haut.