ACTE PMCMIER
CLAUDfNE.
Plus que vous ne croyez! D'ailleurs, vous m'avez tout l'air de ne pas savoir ce qu'il vous faudrait.
VÉTHEUIL
Oh! si, il me faudrait une femme comme...
CLAUDINE
Comme?...
VÉTHEUIL
Non, rien, (ii se lève.) Madame, je vous demande la permission de...
CLAUDINE
Vous vous en allez... déjà?
VÉTHEUIL
Déjà est très aimable... c'est-à-dire que je suis resté très longtemps pour une première visite... c'est même indiscret.
CLAUDINE
Pas du tout ! Restez donc encore un peu...
VÉTHEUIL
Vraiment, je ne vous dérange pas? Vous n'avez rien à faire ?
CLAUDINE
Vous m'amusez beaucoup, au contraire; vous vous en irez tout à l'heure, à moins q^ue...
Oh! moi, j'ai le plus grand plaisir à être près de vous.
Il se rassied.
CLAUDINE, s'asscy.inl.
Alors, comme ça, vous vous ennuyez?
VÉTHEUIL
Non, je ne m'ennuie jamais; d'ailleurs, j'ai toujours trop d'ennuis pour m'ennuyor.
CLAUDINE
Quels ennuis? Vous avez tout pour être heureux.
VÉTHEUIL
Mais des ennuis que je me crée, naturellement... et puis, est-ce que des gens comme nous, à l'époque où nous vivons, avec notre sacrée manie de nous analyser, peuvent être heureux complètement, ou malheureux? Mais non, le bonheur est une chose simple, trop simple pour nous... et le malheur aussi.
CLAUDINE
Gomme c'est vrai ce que vous dites là. C'est égal, vous me faites l'effet d'un monsieur terriblement compliqué.
VÉTHEUIL
On fait ce qu'on peut; mais nous sommes tous très compliqués; vous aussi, vous l'êtes, et la vie donc, encore plus... Vous êtes- vous jamais trouvée au milieu d'une forêt, dans une de ces clairières d'où partent une •demi-douzaine de routes et dont on ne sait pas laquelle mène au château, au village, à la ferme ou à la gare?
Sans doute, ce phénomène prend généralement le nom de carrefour Saint- Hubert ou d'étoile des Gardes.
VÉTHEUIL
C'est cela même... Eh bien, à chaque instant, nous arrivons à un pareil carrefour de la vie et nous ne savons pas la route qui conduit où nous voulons aller.
CLAUDINE
En admettant d'abord que nous sachions où nous voulons aller.
VÉTHEUIL
Il y a encore ça.
CLAUDINE
Vous avez raison; tout cela prouve qu'il faut rester