‹ Théâtre (volume 4)Chapitre 212 sur 237 · II · texte numérisé non relu

II

ANTONÏA.

Oui, c'est à Edimbourg. Pourquoi?

ROGER

Il parait qu'il a été témoin d'un drame qui traversa votre existence, dans le temps que vous étiez en Ecosse. Vous ne m'aviez jamais dit ça : j'ai appris sur votre compte des choses qui ne m'ont pas fait plaisir.

ANTONIA

Si l'on a dit de telles choses sur mon compte, je m'étonne qu'on les ait dites devant vous, que vous les ayez laissé dire.

ROGER

Sans doute ; mais Listel s'y est pris d'une façon très adroite. D'abord, il n'a pas eu l'air de se douter un seul instant qu'il y eût la moindre intimité entre nous, ce qui lui a permis de dire les choses les plus perfides sur le ton de la conversation et de cette manière détachée et plaisante que vous aimez en lui... Au surplus, par la façon dont il parle des autres femmes, vous pouvez juger comme il a parlé de vous : vous comprenez qu'il n'a pas fait une exception en votre faveur.

ATs^TONIA.

Soit. J'ai cru que Listel... Enfin, c'est une désillusion de plus.

ROGER

Oui, chaque jour amène son mufle.

ANTONIA

Mais, sans prendre ma défense comme amant, vous pouviez la prendre comme ami.

ROGER

Imposer silence à ce bavard, n'était-ce pas avouer nos relations? Vous savez bien qu'à Paris, dans la veulerie d'une certaine société, de la bonne société, on ne défend pas ses amis : il n'y aurait plus de conversation possible, et la seule amitié, aux yeux des gens qui étaient

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