ACTE DEUXIÈME
l'autre, ce qui est arrivé d'ailleurs, et pour m'ôter Tenvie d'interroger, vous avez pris les devants et vous avez raconté les choses à votre manière, en vous donnant le beau rôle, naturellement. Voilà toute l'explication. Mais, mettez- vous à ma place, je suis sorti de ce déjeuner bouleversé, moi! Notez bien que, si vous ne m'aviez rien dit, tous les bavardages de Listel et des autres n'auraient eu aucune influence sur moi; mais, je l'avoue, des racontars auxquels, hier encore, je n'aurais prêté aucune attention, me troublent maintenant, m'inquiètent, prennent une réelle importance... et c'est bien là l'Irréparable.
ANTONIA
Ah! qu'est-ce qu'on vous a dit?
ROGER
Rien... non, rien.
A^*TO^'IA
Écoute, je ne te ferai pas de protestations. Oui, j'ai eu tort, j'ai eu tout à fait tort, et je comprends que ça t*ait donné un coup... Je sais, ça fait très mal, c'est une souffrance horrible; mais ne doute pas que je t'aime. Oublie cette nuit-là et rappelle-toi seulement nos autres nuits à Venise, et notre été en Bretagne, et liier encore chez toi, chez nous, rappelle-toi la maîtresse que j'étais. Ah ! quel besoin les gens ont-ilsde s'occuper ainsi de nous ? Ils ne peuvent donc pas nous laisser tranquilles. Vraiment l'humanité n'est pas belle; j'ai Paris et le monde en horreur. Nous devrions partir, aller passer quelques jours n'importe où, mais seuls, seuls... J'ai besoin de t'avoir à moi, de t'arracher à cette atmosphère de calomnies. J'ai envie de voir des paysages de neige. La Norvège, l'hiver, ça doit être merveilleux, les snobs y vont l'été... tu veux?
ROGER
Je ne peux pas, je pars demain.
AMONIA.
C'est vrai. Dieu! que c'est ennuyeux! Où vas-lu.'
ROGER
A Alger : mon frère est très malade; j'ai reçu une lettre de ma belle-sœur qui me dit de venir... qu'il désire beaucoup me voir.
ANTONIA
Emmène-moi.
ROGER
C'est impossible, ma chérie. D'abord, il fait un temps terrible sur la Méditerranée : tu aurais une traversée épouvantable.
ANTONIA
Ça m'est égal.
Et puis, ça n'est pas à Alger même que je vais : mon frère demeure à la campagne, dans les environs, et je descends chez lui forcément. Il faudrait te laisser à l'hôtel, et ça ne serait guère amusant pour toi.
A5ÎT0NIA.
Alors je vais rester toute seule. Et tu ser&s longtemps ?
ROGER
Ça dépendra.
ANTONIA
Oui, je comprends. Alors, écoute : il faut absolument que tu me donnes ta soirée et toute la journée demain; je ne veux pas te quitter, je veux rester avec toi jusqu'au dernier moment.
ROGER
C'est vrai?
ANTONIA
Oui, c'est vrai. Tu vas m'emmener dîner n'importe où et puis nous irons entendre de la musique. Ah! j'ai besoin d'entendre de la musique avec toi. Qu'est-ce qu'on j oue ce soir à l'Opéra ?. . . La Juwe ? zut ! à l'Opéra- Comique, Werther; j'aime mieux ça. Je vais vite m'apprêter et Rosalie téléphonera pour avoir une baignoire.
Elle se dirige vers son cabinet de toilette; à ce moment MadcmoiselU Cendrier apparaît.