ACTE DEUXIÈME
ANTONIA
Comment faire? Quoi qne je vous dise maintenant, vous ne me croirez pas. D'abord je vous ai avoué que j'avais eu un amant.
ROGER
Oui, mais vous m'avez dit que vous l'aviez eu après la mort de votre mari, tandis qu'il a été la cause de votre divorce et que votre mari existe encore.
ANTONIA
C'est comme s'il était mort pour moi.
ROGER
Sans doute... et pour moi donc qui ne l'ai jamais connu! D'ailleurs, vous ne comprenez pas du tout ce doiit il s'agit en ce moment même, vous me répondez à côté. Vous n'avez aucune idée de vos droits, pas plus que de vos devoirs. Je sais que votre mari était le plus pénible personnage, et que vous ayez eu un amant, c'était bien excusable, c'était forcé même, et ça ne me regarde pas... Je vous ai déjà dit que je ne me reconnaissais aucun droit sur votre passé et que je ne vous demandais rien; mais alors, et c'est là ce que je vous reproche, pourquoi ce mensonge et cette mise en scène qui l'aggrave étrangement.
ANTONIA
Vous avez raison, et pourtant ce soir-là j'avais l'intention de vous dire la vérité, je le jure sur votre existence même; mais au moment de vous faire ces aveux qui me remplissaient de honte...
ROGER
Pourquoi ?
Ah! pourquoi? Parce que je vous aime... Je n'en ai pas eu le courage; c'est comme les gens qui ont l'intention nette de se suicider : ils prennent leur revolverj ils appuient le canon sur leur tempe, mais ils n'ont pas
le courage de presser la détente. Alors je vous ai dit n'importe quoi. Oui, devant la splendeur de cette nuit calme, je n'ai pas pu, non, je n'ai pas pu vous dévoiler, même dans le passé, une âme qui ne fût pas en harmonie avec notre amour présent et cette ville endormie sous le ciel plein d'étoiles.
ROGER
Vous avez voulu vous confesser en beauté. Seulement, après m'avoir dit là-bas que la nuit était trop belle pour mentir, vous me dites maintenant qu'elle était trop belle pour ne pas mentir. Il faudrait pourtant vous décider.
ANTONIA
Oui, je sais, ça n'est pas logique; mais il s'agit bien d'être logique. Aii! toutes les femmes me comprendront... Nous ne sommes pas tout à fait responsables, et lorsque nous sommes auprès de l'homme que nous adorons, il y a telles circonstances où nous disons moins ce qui a été que ce que nous aurions voulu qui fût.
ROGER
Oui, mais moi, moi, comment voulez- vous que je m'y reconnaisse dans tout ça?
ANTONIA
Vous avez raison : il y a des délicatesses que vous ne pouvez pas comprendre, vous autres hommes. Oui, toute confiance est morte en vous, je le sens bien; vous ne voyez que le mxensonge, que le fait matériel et bête du mensonge, sans vous rendre compte que si j'ai été coupable, c'est peut-être de trop d'amour pour vous.
Elle pleure silencieusement.
ROGER
En effet, il y a des subtilités dans lesquelles je n'entre guère. Parbleu, je comprends dans quel but vous avez agi... je ne l'aurais pas fait, moi, mais je comprends que vous l'ayez fait; il y avait un drame dans votre vie, un scandale, vous aviez peur que je l'apprenne un jour ou