‹ Théâtre (volume 4)Chapitre 218 sur 237 · ACTE DEUXIÈME SH · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME SH

avant-hier et m'a laissé ce portrait. Prenez une voiture, allez chez JuHette, elle demeure là, à côté, rue Copernic, et demandez-lui si c'est vrai. Juliette est la maîtresse de Pierre, elle l'adore, elle en est folle, elle n'a donc pas intérêt à mentir poui* me sauver. Seulement, si vous y allez, ne revenez plus, ça n'est pas la peine... parce que j'ai horreur de ces scènes-là. Vous comprenez que si la chose la plus insignifiante vous met dans un tel état...

ROGER

Vous vous trompez; quelle scène vous fais-je? Je suis très calme.

ANTONIA

Alors, c'est encore pire... D'abord, vous êtes calme parce que vous vous contenez,

ROGER

Tout est là.

ANTONIA

N'empêche que vous êtes tout pâle et que vous n'avez plus de sahve... Eh bien, je vous le répète, si la chose la plus insignifiante vous m<^t dans un tel état, il vaut mieux en finir tout de suite. C'est vrai, c'est ridicule à la fin : c'est toujours l'amour que j'ai pour vous qui tourne contre moi !

ROGER

Contre vous ?

ANTOMA.

Certainement. Juliette est venue l'autre jour, elle m'a fait voir cette photographie que j'ai trouvée très bien; et je lui ai demandé de me la laisser pour vous la montrer et pour que vous vous fassiez faire chez ce bonhomme-là; c'est aussi bête que ça, parce que je n'ai pas un seul portrait convenable de vous... Je ne sais pas comment vous posez, vous avez toujours l'air d'un sergent de ville. (U ne peut sempécher de sourire.) ÊtCS-VOUS COH-

tent?... Croyez-vous que je vous dise la vérité?

ROGER

C'est Taccent de la vérité. Écoutez, il ne faut pas trop m'en vouloir. Je suis très énervé, très triste... Ce déjeuner, cette dépêche... Ah! c'est une mauvaise journée. Je vous demande pardon. Enfin, il faut du moins que cela serve à quelque chose, par exemple, à établir les situations nettement. (Très ému.) Écoutez, je vous aime, Antonia, mais si vous ne m'aimez plus ou si vous m'aimez moins, parlez franchement, je vous en supplie, car c'est votre droit... vous comprenez, c'est votre droit.

ANTONIA

Pourquoi me dites-vous ça?

Parce que je dois vous le dire, et si vous me parlez loyalement, vous n'aurez rien à craindre de moi. Vous êtes libre de votre cœur et de votre corps. Par votre situation sociale vous êtes, entre toutes, une affranchie... une affranchie! N'employez donc pas la ruse et le mensonge qui sont des armes d'esclave. Ah! je sais bien que votre sang à toutes charrie la servitude et la dissimulation ; mais il appartient à des femmes comme vous, que l'on dit supérieures, de se débarrasser de cette mauvaise hérédité, et vous surtout, Antonia, vous ne pouvez pas mentir comme une médiocre bourgeoise qui trompe son mari, ou une petite grue qui veut se passer ses fantaisies en gardant l'amant sérieux.

ANTONIA

Je t'adore... je t'adore... mais tu ne sais donc pas que je suis folle de toi. Tais-toi, tais-toi, tu parles trop bien et tu ferais bien mieux de dire des bêtises. En amour, vois-tu, il n'y a que les bêtises qui soient vraies et qui restent !

ROGER

Allez vite vous habiller; nous avons l'un et l'autre besoin de sortir, de prendre l'air, d'entendre de la musique,

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