‹ Théâtre (volume 4)Chapitre 224 sur 237 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

JULIETTE, éclatant en sanglots.

Nofi, ça n'est pas moi.

ROGER

Elle est sa maîtresse, n'est-ce pas?

JULIETTE

Oui, elle est sa maîtresse.

ROGER

Mais en êtes-vous sûre... en êtes-vous bien sûre?

JULIETTE

Ah! si j'en suis sûre! Écoutez, j'ai suivi Pierre fjl rencontre M"^« de Moldère, 17, rue de Balzac, dans un rez-de-chaussée qu'il a loué sous un faux nom.

Ah ! mon Dieu !

Il tombe accablé.

JULIETTE

Je VOUS demande pardon, j'ai eu tort de vous dire... C'est ma faute aussi, je n'aurais pas dû pleurer comme une bête, mais c'a été plus fort que moi.

ROGER

Mais non, mais non... vous avez très bien fait, et vous n'arez aucun remords à avoir... vous avez très bien fait et je vous remercie... oui, je vous remercie; seulement, attendez... Il y a un moment pénible, n'est-ce pas? Mais c'est égal, je préfère la vérité au doute qui me ronge depuis que j'ai découvert son premier mensonge, le doute, cette chos<^ obsédante et terrible qui, là- bas, au chevet de mon frère à l'agonie, me faisait penser : « Où est-elle? que fait-elle? » Mais c'est fini maintenant, je suis bien armé et je pourrai la confondre quand elle viendra, car elle va venir tout à l'heure, je l'attends; en arrivant ici, la première chose que j'ai trouvée, c'est un bl^u charmant, plein de cœur. Et quand j'étais là-bas, quand je lui ai télégra-

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phié la nouvelle de la mort de mon frère, elle m'a écrit des lettres merveilleuses : t«nez, lisez, lisez»

Il tire des lettres de sa poche et les tend à Juliette. JULIETTE, le repoussant.

Non, non.

ROGER

Si, si, lisez, je vous assure que ça en vaut la peine... C'est incroyable, hein? Avouez que le plus malin s'y tromperait ? Oui, elle va venir tout à l'heure, et elle sera comme toujours à la hauteur des circonstances. Combien pariez-vous qu'elle vient en noir? Elle sera consolatrice et maternelle, elle dira les paroles qu'il faut dire, et toute la franchise sera dans ses yeux. Ah! cabotine, va!

Il donne un coup sur la table et casse la tasse dans laquelle Clémence apporta du thé.

JULIETTE, sursautant.

Vous vous êtes fait mal ?

ROGER

Je me suis coupé. Pauvre bol,, ce n'est pas sa faute.

Savez-vous ce que c'est que ça?

Il montre les débris de la tasse.

JULIETTE, qui a un peu peur.

Non.

ROGER

C'est un très vieux bol, c'est là-dedans que l'on a servi à ma mère et à ma gi^and'm-ère le bouillon de la mariée, une jolie vieille coutume ; c'est là-dedans que la vieille Clémence, depuis dix ans,, m'apportait du thé tous les matins, et le voilà brisé; mais je suis sûr qu'il ne m'en veut pas, car nos choses familières sont pleines àe pitié pour nous, et, s'il pouvait parler, il me dirait peut-être : « T'es-tu fait mal, mon enfant? »

JULIETTE

Roger !

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