‹ Théâtre (volume 4)Chapitre 225 sur 237 · ACTE TROISIEME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIEME

Non, n'ayez pas peur, je ne suis pas fou, je ne suis pas fou; mais parlons un peu de vous. Qu'ost-ce que vous devenez au milieu de tout ça? Vous n'êtes plus avec Pierre, naturellement.

JULIETTE

Ah! non. Vous pensez bien que lorsque j'ai acquis la preuve de sa traliison, je n'ai pas voulu rester une minute de plus avec lui, et le soir moine j'étais partie. Oh! je spntais bien depuis longtemps qu'il n'était plus le même, qu'il s'ennuyait avec moi ; c^'est surtoutdepuis Venise qu'il avait changé, mais il ne voulait rien me dire, et pourtant, ce n'est pas faute que je le mettais à son aise...

ROGER

Comment?

JULIETTE

Oui, à chaque instant je lui répétais : < Si tu ne m'aimes plus, si tu as assez de moi, dis-le-moi, je disparaîtrai, c'est bien simple, je me tuerai. >

ROGER

Vous lui disiez ça?

JULIETTE

Oui, mais vous savez comme il est, si faible! il nie jurait qu'il m'aimait. Ah! vous paiiiez de doute, tout à l'heure. Voilà un an... oui, depuis la scène de l'atelier... il a dû vous raconter... quand je lui ai envoyé cotte balle... J'ai eu bien tort, d'ailleurs, de lui pardonner, car depuis ce jour-là j'ai vécu continuellement avec le doute et le soupçon, et c'est le plus torturant des supplices; c'est une angoisse continuelle, c'est la tète vide de toute autre pensée; c'est le cœur fpii bat à se rompre, comme si l'on vivait trop, alors rpi'on ne vit plus. Oui, vous aviez raison tout à l'heure, il vaut mieux savoir la vérité, aussi brutale qu'elle puisse être, mais savoir, savoir, savoir! Ma parole d'honneur,

c'est une détente, un apaisement, une consolation presque.

Elle pleure.

ROGER

Mais oui, c'est une grande consolation, (n s'essuie les yeux en se cachant.) Ah! uous avous bien l'air de gens consolés ! Qu'est-ce que vous allez devenir?

JULIETTE

Je ne sais pas, je ne sais pas. C'est justement pour ça que j'étais venue vous demander^ un conseil, mais vous me dites qu'il n'y a rien à faire.

ROGER

Pierre vous a-t-il laissé partir, comme ça, sans... ^

JULIETTE

Oh! non, il faut être juste... il m'aurait donné tout ce que j'aurais voulu, mais je viens^de^^vous dire ma façon de penser là-dessus.

ROGER

Je ne peux pas vous blâmer de--votre délicatesse, c'est si rare! Pourtant, je vous assure^que vous auriez pu accepter sans scrupules. Vous^voilà^bien avancée. En somme, vous n'avez rien.

JULIETTE

Oh! si, j'ai un peu d'argent devant moi; d'ailleurs, j'en ai encore trop, car je n'attendrai même pas qu'il soit épuisé.

Que voulez-vous dire ?

JULIETTE

Regardez-moi bien, mon ami. Je^vous le dis sans phrases, sans cabotinage, moi : je veux mourir. Oh! j'en ai assez, j'en ai assez !

ROGER

Vous n'allez pas faire cette folie-là !

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