SCÈNE V ROGER, ANTONL
ANTONIA
C'est moi, tu m'attendais?
ROGER
Oui. j'ai trouvé ton petit bleu en arrivant.
ANTONIA, le regardant.
Mon pauvre ami, comme tu es pâle, comme tu as l'air fatigué !
ROGER
Oui, je suis très fatigué, et puis, il fait triste dehors, il fait froid.
ANTONIA
Je>iens te réchauffer. -
ROGER
Ah ! j'en ai grand besoin.
ANTONIA
J'ai 'bien pensé à toi, quand j'ai appris l'horrible nouvelle. J'aurais tant voulu être près de toi; c'est si terrible la mort de ceux qu'on aime! ;1 semble qu'ils vous tirent par la main pour vous emmener avec eux; alors, de l'autre côté, on a besoin de quelqu'un qui vous retienne avec une main qui ne soit pas glacée, mais chaude de tendresse, et c'était ma main qu'il t'aurait fallu.
ROGER
|Oui.
ANTONIA
Ah! tu étais si loin, si loin, je ne pouvais^que t'écrire, et l'on écrit mal ce que l'on ressent.
Tu m'as écrit des lettres admirables.
[antonia.
Oh! admirables, non. Je t'ai écrit des lettres d'amante.
ROGER
C'est ce que je voulais dire.
' ANTONIA
Enfin, te voilà, tu es là, nous allons pouvoir" souffrir ensemble. Je ne sais pas comment j'ai vécu"* pendant que, tu étais absent; j'avais défendu "^ma porte, je ne voulais voir personne. Quelquefois, l'après-midi, j'allais au Bois, près de notre petit lac mélancolique; je ne suis pas sortie du tout le soir, je refais chez moi, je me mettais au piano et je jouais Werther : ça me rappelait la soirée que nous avions passée ensemble, la veille