II. Sa
374 I/AFFRANGHIE
ANTONIA, dans les larmes.
Oui, je suis un pauvre être inconscient, par moments, une créature mobile et fragile; mais voyons, pour un entraînement, pour une chose folle et bête dont je me repens et dont je rougis et dont je pleure, tu ne peux pas m'abandonner, tu ne peux pas me laisser dans cette détresse ; il faut que tu aies pitié de moi, car tu as charge de mon âme, entends-tu, et toi seul peux me guérir, me sauver de moi-même. Ah! ne me condamne pas...
ROGER
Je ne vous condamne pas; qu'un autre entreprenne cette guérison et ce rachat ; moi, il ne m'appartient plus de le faire. D'abord, je ne le peux pas... je suis trop prévenu, j'en sais trop. Quant à recommencer avec vous une existence sillonnée de soupçons, de doutes... ce serait l'enfer; non, non, c'est impossible. Allez vous-en.
ANTONIA
Mais tu n'auras pas à douter, tu n'auras pas à soupçonner, tu m'emmèneras loin, bien loin; je ne veux que toi, je n'ai besoin que de toi et nous vivrons dans la solitude.
ROGER
Mais, dans un désert même, empêcherais- je mon imagination de me torturer? Et j'en sais assez malheureusement pour trop imaginer.
ANTONIA, se traînant aux pieds do Roger.
Alors, je suis perdue, je suis perdue. C'est affreux. Ah! vivre sans toi, ce n'est pas possible, ne t'en va pas ; ne m'abandonne pas, je ne veux pas te quitter. Ah ! tu aurais bien dû me tuer tout à l'heure, c'est une peine que tu m'aurais épargnée. Que veux-tu que je fasse maintenant ?
ROGER, se dégageant doucement.
Non, c'est inutile, laissez-moi. Je vous l'ai déjà dit : c'est fini. Vous comprenez, ça serait trop commode : vous semez des désastres autour de vous, vous désempa-