‹ Théâtre (volume 4)Chapitre 25 sur 237 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

me corrige p^r le raisonnement... c'est-à-dire que je peux être très jaloux, sans raison, et m'en rendre compte, mais alors je ne le fais pas voir.

CLAUDINE

Et quand vous avez des raisons de l'être?

VÉTHEUIL

Alors, je suis insupportable, je prends en grippe le genre humain et, si je me trouve dans une partie joyeuse, je su*:s celui dont les femmes disent : « Tu n'inviteras plus ton ami. »

CLAUDINE, riant.

Je ris parce que je me reconnais, je suis aussi ridiculement sentimentale et jalouse. D'ailleurs, vous m'avez dit tout à l'heure des choses que je pense souvent... C'est étonnant ce que nous nous ressemblons.

VÉTHEUIL

Vous connaissez le proverbe : Qui se ressemble...

CLAUDINE

Ah! oui... mais non, non... ça jamais. (Peiu siionc.) Êtes-vous fidèle?

VÉTHEUIL

Fidèle... mon Dieu! ça dépend.

Comme chausson.

VÉTHEUIL, riant.

C'est drôle! ah! nous ne nous ennuierions toujours pas.

CLAUDINE

Oh! ça, j'en suis sûre.

VÉTHEUIL

Et puis, je vous serais fidèle, à vous, parce que vous avez tout ce qu'il faut pour rendre un homme absurdement fidèle.

CLAUDINE

Absurdement, mais pas éternellement.

VÉTHEUIL

Vous n'avez pas assez d'illusions.

CLAUDINE

C'est pour cela que si j'aimais encore, je serais bien coupable, car je saurais à quoi je m'expose!

VÉTHEUIL

Vous ne seriez pas coupable, mais renseignée, et alors ça serait très amusant.

CLAUDINE

Ça serait très grave ! Et puis c'est inutile d'en parler, puisque ça ne se fera pas... c'est fini, je suis une bonne bourgeoise très pot-au-feu.

Allons donc! Vous êtes une amoureuse et vous aimerez encore. Je ne dis pas, notez bien, que ça sera moi, je ne suis pas assez fat... mais vous aimerez.

CLAUDINE

Dieu m'en préserve! Je ne voudrais pas repasser par où j'ai passé! Ah! les trahisons, les larmes, les nuits sans sommeil et les désirs de vengeance ! Ah ! que c'est vilain tout ça et que c'est bête, oui... oui, bête! Et vous voudriez que je recommence ça? Et puis à quoi bon? Pour aboutir à la rupture, c'est-à-dire la mort et l'agonie après la mort!... La rupture!... Vous envisagez ça avec sérénité, vous?

VÉTHEUIL

Je ne l'envisage pas, je m'éloigne, parce qu'en amour « la seule victoire, c'est la fuite ». C'est pourquoi je tiens toujours toute prête ma valise, une merveilleuse valise en vache, avec une demi-douzaine de chemises, deux habillements complets dont un pour le soir, de l'eau de Cologne et dentifrice dans les flacons, enfin toute prête, comme les chasseurs de Pont-à- Mousson qui ont leur paquetage tout prêt sur les

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