‹ Théâtre (volume 4)Chapitre 30 sur 237 · ACTE PREMIER i · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER i

tout Paris connaît la conduite de ma femme, paraître rignorer, moi, serait puéril et même pourrait donner lieu aux plus graves soupçons; m'en vanter serait odieux, en tout cas d'un goût déplorable; mais la constater moi-même, devant des personnes choisies, comme vous, et sous une forme détachée et plaisante, c'est la seule attitude convenable pour un homme qui connaît les exigences de la vie, et je trouve qu'il y a une joHe place à prendre entre Georges Dandin et Othello !

CLAUDINE

Vous êtes un dilettante.

LE COMTE

Si vous voulez. D'ailleurs, je ne me fais pas d'illusions, il y a des gens qui sont destinés à être trompés toute leur vie : je suis de ceux-là.

CLAUDINE

Vous vous vantez.

LE COMTE

Mais non... et qu'on ne vienne pas me dire qu'il faut être très beau pour qu'une femme vous soit fidèle. J'ai été, quand j'étais jeune... oh! je vous le dis sans fatuité, d'autant plus que maintenant je n'ai plus de prétentions, mais j'ai été un très joh garçon.

CLAUDINE

Est-ce que les petits ramoneurs se retournaient sur vous quand vous passiez dans la rue?

LE COMTE

Non... je ne l'aurais pas voulu... cnfm j'étais vraiment ce qu'on appelle un joh garçon... j'ai été cocu. Et qu'on ne vienne pas me dire qu'il faut être un héros: au moment de la guerre, j'avais une bonne amie... je l'ai quittée pour aller me battre, j'ai reçu une balle dans le bras, un coup de sabre à la jambe, j'ai été cité à Tordre du jour; mais pendant qu'on me soignait, j'ai été cocu... Enfin je me suis marié, j'avais un joli nom, de la fortune, j'étais déjà à cette époque un des chefs

du parti, j'ai été cocu. Ce qui me console, c'est que je ne suis pas une exception.

CLAUDINE

Non, mais ce qui est une exception, c'est la façon dont vous prenez la chose...

LE COMTE

Je la prends comme il convient, car du moment que l'infidélité ou si vous aimez mieux le changement est une loi naturelle, il est à regretter que notre génie national ait toujours tourné au ridicule et parfois au tragique les conséquences logiques de cette loi.

CLAUDINE

C'est vrai, mais comment faire ?

LE COMTE

Admirez que cet événement auquel on doit s'attendre le plus, est le seul qu'on ne nous enseigne pas à considérer avec résignation, et la vérité est qu'il faudrait faire, dès l'adolescence, des exercices et des méditations sur le cocuage, comme on fait dans les couvents des exercices et des méditations sur la mort.

CLAUDINE

Vous aurez de la peine à y arriver : ça n'est pas dans le caractère français.

LE COMTE

Je le regrette.

CLAUDINE

Enfin, je vous en prie, ne parlons pas de tout ça..., ce n'est pas un sujet qui m'enchante.

LE COMTE

Oh ! mais rien de ce que j'ai dit là n'est pour vous.

CLAUDINE

Je l'espère bien.

LE COMTE

J'ai la plus grande confiance en vous... et pourtant,

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