ACTE TROISIEME
VÉTHEUIL
Non.
J AMI NE
J'ai vu Claudine.
VÉTHEUIL
Ah!
JAMINE.
Elle est triste.
VÉTHEUIL
Je ne suis pas gai... mais à qui la faute, ce n'est pas à moi, assurément.
JAMINE.
Voyons, vous n'avez pas été très gentil avec elle.
VÉTHEUIL
Elle vous a dit que je la battais ?
JAMINE.
Non, mais vous la rendez très malheureuse.
VÉTHEUIL
C'est elle qui se rend très malheureuse. Enfin, qu'est-ce qu'elle vous a dit?
Elle m'a dit qu'il y avait eu une scène terrible, que vous étiez parti furieux et que, depuis deux jours, vous n'aviez pas reparu.
VÉTHEUIL
C'est vrai, il y a eu une scène terrible, mais stupide surtout, stupide.
JAMINE.
A propos de quoi ?
VÉTHEUIL
Vous ne devineriez jamais... je vous le donne en mille... à propos d'une promenade à cheval.
JAMINE.
Elle n'est pas jalouse de votre cheval, j'imagine ?J f]
VÉTHEUIL
Non, mais quand je vais au Bois, le matin, il y a certaines allées qui me sont défendues, sous prétexte que je peux rencontrer des dames.
JAMINE.
A ce point-là?
VÉTHEUIL
Oui, c'est fou, je vous dis; alors, avant-hier matin, j'ai enfreint les ordres... on m'a vu aux Acacias... c'est une des allées qui me sont défendues...
JAMINE.
Je crois bien, les Acacias! ' ' ' '"^
'" fi^--' VÉTHEUIL.
J'arrive l'après-midi chez Claudine et je suis reçu comme si j'avais commis un crime d'amour, un véritable forfait... je ne sais pas, moi; comme si j'avais fait un enfant à Clara après l'avoir forcée d'abjurer sa religion.
JAMINE.
Vous exagérez.
VÉTHEUIL
Non pas, je vous jure que c'est ainsi que ça a com« mencé... pour une chose aussi puérile, aussi bête.
JAMINE.
Elle vous aime... elle est comme toutes les femmes qui aiment vraiment, autoritaire et jalouse.
VÉTHEUIL
Oui, mais il y a des limites.
JAMINE.
Si vous m'aviez vue, moi, avec Philippe que j'adorais pourtant... Je l'empêchais d'aller seul au restaurant, au théâtre, aux courses. Je l'avais fâché avec tous ses amis, et, pour un rien, je lui faisais des scènes pas ordinaires. Ah! je peux dire que je lui ai rendu la