ACTE PREMIER il
MADAME GRÉGEOIS
Comme je n'entends pas que de pareilles choses se passent sous mon toit, dans ma maison, je les ai mis tous les deux à la porte.
SCHLINDER.
C'était votre droit.
MADAME GRÉGEOIS
Il y a de ça à peu près un mois et imaginez-vous que, depuis huit jours, je reçois des lettres anonymes, des lettres pleines de menaces, d'expressions ignobles, ordurières... des mots que je n'oserais pas vous répéter, monsieur le Préfet; il y en a que je ne comprends même pas!
SCHLINDER.
J'en«uis persuadé... Et alors?
IIADAME GRÉGEOIS.
Alors, je soupçonne que tout cela émane de ce joli couple que je me suis permis de déranger... C'est aussi votre avis?
SCKLITiDTR.
Oui et non.
MADAME GRÉGEOIS
Voyons, monsieur, si vous connaissiez ces lettres!... Une grosse écriture à l'encre rouge, commune, contrefaite... et puis, encore une fois, de telles expressions!...
SCHLINDER.
Ce n'est pas toujours une raison... j'ai vu de ces lettres-là et qui furent écrites par des mains blanches, fines et parfumées.
MADAME GRÉGEOIS
Oui, mais moi, monsieur, je n'ai pas d'ennemis; je vis, Dieu merci, dans un monde très tranquille, loin des aventures et des intrigues.
SCHLINDER.
Évidemment... en ce cas-là, il est très possible, en effet, que ce soit ces gens-là... Gomment s'appellentils?
Il prcRtl son carnet.
MADAME GRÉGEOIS
Ma femme de chambre s'appelle Sidonie Rabut.
(Elle épèle.)... b... U... t.
SCHLINDER, inscrivant les noms.
Et l'homme?
MADAME GRÉGEOIS
Félix Tirvieillot.
SCHLINDER.
Eh bien, madame, je ferai appeler Sidonie Rabut et Félix Tirvieillot chez un de mes commissaires qui a l'habitude de ces sortes d'affaires... Il leur fera peur, et, si c'est eux, ils se tiendront tranquilles.
Monsieur, il ne me reste plus qu'à vous remercier; j'espère, d'ailleurs, que vous me ferez le plaisir de venir à la maison.
SCHLINDER, s'inclinant.
Madame !