SCÈNE PREMIÈRE
Claudine ROZAY, JAMINE, Madame GRÉGEOIS.
Madame SORBIER, VÉTHEUIL, RUYSEUX, de SAMBRÉ, RAVIER, SCHLIiNDER, PRUNIER, etc.
MADAME SORBIER, quand lioldi a fini.
Dites donc, Schlinder, faites-moi le plaisir d'appeler Boldi, voulez-vous, pour qu'il me joue cet air que j*aime tant, que nous avons entendu à Vienne cet automne, vous savez bien?
SCHLINDER.
Mais certainement, chère amie. (Appciam.) Boldi! Voulez-vous venir près de madame et lui jouer le lied d'amour...
Bolili s'approciic de la table où est Sciiiiiutcr et verse dans l'oreillo de MaduiQc Sorbier l'air demandé, el quand il a fini :
PRUNIER
Ça a jeté un froid, cet air-là, vous ne trouvez pas?
J AMINE
Non, je le trouve très joli, moi.
PRUNIEB.
Allons donc! il est triste, ie n'aime pas la musique triste.
JAMINE.
Parbleu, vous voudriez toujours qu'on vous joue : Allume! allume!
PRUNIER
Certainement, au moins c'est dansant.
RAVIER
C'est chahutant, même.
; JAMINE.
Eh bien, moi, j'adore la musique mélancolique au contraire, celle qui fait rêver. Il y a certains airs que je voudrais que l'on me joue... pendant que l'on me dirait des choses très douces.
PRUNIER
Pourquoi dis-tu ça en regardant Ravier?
RAVIER
Allons, Prunier, voyons, ne vous fâchez pas, ne gâtez pas une si belle soirée.
PRUNIER
Vous me mettez en colère avec toutes vos bêtises... comme si la musique avait une influence sur ces choses-là.
JAMINE.
Je suis sûre que Ravier me comprend.
RAVIER
Ah! comme vous avez raison, madame, et quelle confidente, quelle entremetteuse que la musique! Il parait que Massenet vient d'écrire une mélodie sur des vers de Verlaine; elle est si troublante qu'elle a été interdite par la censure, on n'a laissé que les paroles.