ACTE CINQUIEME
CLAUDINE
C'était véritablement un devoir qui nous a séparés, et c'est une forte consolation... je crois bien que c'est la seule, (un silence.) Eh bien, moi aussi, je vous annonce mon mariage.
VÉTHEIUL.
Vraiment?
CLAUDII^E.
Oui : figurez-vous qu'il s'est passé une foule d'événements pendant votre absence.
VÉTHEUIL
Je pense bien.
CLALiDIME.
La comtesse de Ruyseux est partie, il y a quelques^ semaines, avec un officier.
VÉTHEVIL.
Non?
CLAUDINE
Absolument! Alors Ruyseux s'est considéré comme libre; il divorce, et il m'a demandé si je voulais être sa femme. J'ai refusé d'abord, j'ai beaucoup hésité, finalement j'ai accepté. Nous allons à la campagne, dans nos terres, loin des villes, loin du bruit : nous ne reviendrons sans doute à Paris que lorsque Denise aura dix-huit ans.
VÉTHEUIL
En somme, c'est une jolie pièce : ça finit par doux mariages.
CLAUDINE
Oui, mais serons-nous heureux?
VÉTHEUIL
Ça, c'est une autre pièce. Pourtant, puisque nous allons vivre au milieu des prairies et des forêts, dans la nature reposante et bonne conseillère, oui, nous serons heureux. Ah! si nous restions ici, dans cotte ville pleine de troublos et de suggestions, nous qui sommes II. 12
des êtres de passion, avant que toute flamme s'éteigne en nous, nous aurions peut-être le désir d'une aventure. Vers quarante ans, vous aimeriez un trop jeune homme qui vous ferait souffrir et qui vous Priserait définitivement le cœur...
CLAUDINE
Ah! taisez- vous, ne dites pas ça!
VÉTHEUIL
Moi, vers cinquante ans, j'aimerais une beaucoup trop jeune personne qui se moquerait de moi, et qui me ferait voir du pays!
CLAUDINE
Nous en avons vu assez !
Oui, et puis, quand on a vécu, quand on a observé, on arrive à la vraie philosophie, et l'on se dit qu'au fond de tout ça, le bonheur, ou du moins, ce qui en approche le plus, c'est encore de...
A ce moment, et sans lui laisser finir la phrase, une farandole éc]}.Qvelée entre dans le petit salon, €t, daos sa folie, entraîne Claudine
et Vétheuil.
Et c'est ainsi que finit le cinquième acte