‹ Théâtre (volume 4)Chapitre 89 sur 237 · LE GIGOLO · texte numérisé non relu

LE GIGOLO

Non, jamais... je connais à peine les Ardan. '

MADAME FLOCK

Eh bien, M™® Ardan s'entend très bien à donner à dîner, on voit qu'elle s'en occupe... C'est une cuisine élégante et loyale en même temps.

LE GIGOLO, sans conviction.

Ce que vous me dites là me fait le plus grand plaisir.

MADAME FLOCK

Et même quand ils donnent des soirées, le buffet est très soigné... rien n*est laissé au hasard; ces choux grillés sont exquis. Vous êtes trop jeune... mais vous verrez plus tard, vous apprécierez les maisons où il y a un bon buffet... elles sont rares. Donnez-moi donc encore un chou grillé, voulez- vous ?

LE GIGOLO, lui mettant brutalement l'assiette pleine de choux grillés dans la main.

Tenez, puisque vous les aimez, fmissez-les donc !

ARDAN, s'approchant d'un groupe formé de Cresson, Lubin, Flock, Yorick Lambert.

Eh bien ! qu'est-ce que vous faites ? Vous ne prenez rien?

CRESSON

Il n*y a pas moyen de se faire servir... ils n'ont donc pas dîné tous ces gens-là?

ARDAN

Si vous avez soif, j'ai fait établir un bar dans la vérandah!... C'est Colas qui a eu cette idée-là.

FLOCK, léger accent lourd.

Vraiment, un bar? C'est original.

ARDAN

Il faut que vous voyiez ça : il y a des garçons en vestes blanches, des verres de toutes les couleurs, de grosses bouteilles de Champagne et des piles de bœuf salé; c'est arrangé avec beaucoup de goût.

LUBIN

Qui va demain à Auteuil ?

FLOCK

Qu'y a-t-il demain à Auteuil ?

LUBIN

Il y a la grande course de haies, monsieur Stock.

FLOCK, rectifiant.

Je m'appelle Flock, Flock.

LUBIN

Oh! pardon!

FLOCK

Moi, je ne vais qu'au Grand Prix de Paris.

On ne va plus au Grand Prix de Paris, monsieur Cloque.

FLOCK, rectifiant.

Flock! Flock!

YORICK LAMBERT

Ah! pardon... Moi, j'y vais parce que c'est mon métier : il faut que je voie tout; mais vous, un homme

chic, un homme dans la commission, vous ne pouvez pas vous commettre dans ces endroits-là.

CRESSON

Déjà, ava,nt-hier, au grand steeple, c'était très purée, on ne va plus qu'à la course de haies et le jour des

mails, monsieur Troc h.

FLOCK, rectifiant.

Flock'.Flock!

CRESSON

Oh! pardon!

FLOCK

Eh bien, je vais toujours au Grand Prix... ça me manquerait. J'y allais quand j'étais petit, avec mon père, sur la pelouse, parce qu'en ce temps-là tout le monde ne se payait pas le pesage comme maintenant... Oui, je me rappelle, nous y allions par le chemin de fer ou les bateaux, et c'était du délire quand c'était un cheval français qui gagnait. Est-ce un Français qui gagnera cette année ?

Ça, monsieur Tock

YORICK LAMBERT et CRESSON.

Flock!Flock!

LUBIN

Oh! pardon... Ça, monsieur Flock, je m'en fiche comme d'une frontière : il n'y a pas de cheval anglais ni de cheval français, il y a le cheval galette.

FLOCK

C'est égal, vous avez beau dire... ça fait toujours plaisir.

YORICK LAMBERT

Vous avez raison, mon cher monsieur Lévy.

FLOCK, rectifiait.

Flock! Flock!

YORICK LAMBERT

C'est ce que je disais... vous avez raison, mon cher

Page 1