LE GIGOLO
Non, jamais... je connais à peine les Ardan. '
MADAME FLOCK
Eh bien, M™® Ardan s'entend très bien à donner à dîner, on voit qu'elle s'en occupe... C'est une cuisine élégante et loyale en même temps.
LE GIGOLO, sans conviction.
Ce que vous me dites là me fait le plus grand plaisir.
MADAME FLOCK
Et même quand ils donnent des soirées, le buffet est très soigné... rien n*est laissé au hasard; ces choux grillés sont exquis. Vous êtes trop jeune... mais vous verrez plus tard, vous apprécierez les maisons où il y a un bon buffet... elles sont rares. Donnez-moi donc encore un chou grillé, voulez- vous ?
LE GIGOLO, lui mettant brutalement l'assiette pleine de choux grillés dans la main.
Tenez, puisque vous les aimez, fmissez-les donc !
ARDAN, s'approchant d'un groupe formé de Cresson, Lubin, Flock, Yorick Lambert.
Eh bien ! qu'est-ce que vous faites ? Vous ne prenez rien?
CRESSON
Il n*y a pas moyen de se faire servir... ils n'ont donc pas dîné tous ces gens-là?
ARDAN
Si vous avez soif, j'ai fait établir un bar dans la vérandah!... C'est Colas qui a eu cette idée-là.
FLOCK, léger accent lourd.
Vraiment, un bar? C'est original.
ARDAN
Il faut que vous voyiez ça : il y a des garçons en vestes blanches, des verres de toutes les couleurs, de grosses bouteilles de Champagne et des piles de bœuf salé; c'est arrangé avec beaucoup de goût.
LUBIN
Qui va demain à Auteuil ?
FLOCK
Qu'y a-t-il demain à Auteuil ?
LUBIN
Il y a la grande course de haies, monsieur Stock.
FLOCK, rectifiant.
Je m'appelle Flock, Flock.
LUBIN
Oh! pardon!
FLOCK
Moi, je ne vais qu'au Grand Prix de Paris.
On ne va plus au Grand Prix de Paris, monsieur Cloque.
FLOCK, rectifiant.
Flock! Flock!
YORICK LAMBERT
Ah! pardon... Moi, j'y vais parce que c'est mon métier : il faut que je voie tout; mais vous, un homme
chic, un homme dans la commission, vous ne pouvez pas vous commettre dans ces endroits-là.
CRESSON
Déjà, ava,nt-hier, au grand steeple, c'était très purée, on ne va plus qu'à la course de haies et le jour des
mails, monsieur Troc h.
FLOCK, rectifiant.
Flock'.Flock!
CRESSON
Oh! pardon!
FLOCK
Eh bien, je vais toujours au Grand Prix... ça me manquerait. J'y allais quand j'étais petit, avec mon père, sur la pelouse, parce qu'en ce temps-là tout le monde ne se payait pas le pesage comme maintenant... Oui, je me rappelle, nous y allions par le chemin de fer ou les bateaux, et c'était du délire quand c'était un cheval français qui gagnait. Est-ce un Français qui gagnera cette année ?
Ça, monsieur Tock
YORICK LAMBERT et CRESSON.
Flock!Flock!
LUBIN
Oh! pardon... Ça, monsieur Flock, je m'en fiche comme d'une frontière : il n'y a pas de cheval anglais ni de cheval français, il y a le cheval galette.
FLOCK
C'est égal, vous avez beau dire... ça fait toujours plaisir.
YORICK LAMBERT
Vous avez raison, mon cher monsieur Lévy.
FLOCK, rectifiait.
Flock! Flock!
YORICK LAMBERT
C'est ce que je disais... vous avez raison, mon cher