JE\N
Non. Sois sérieux, Eugène, parce que c'est sérieux.
EUGÈNE
Comment, tu joues encore à ça?
JEAN
Oui... et toi tu vas jouer à demander la main de Juliette à son père.
EUGÈNE
Comme ça, tout de suite?... C'est que je ne suis pas en tenue.
JEAN
Non, pas tout de suite, mais le plus tôt possible.
EUGÈNE
Ah ! mon pauvre gosse, tu es bien toujours le même, sans patience, enfant gâté. Il faut que tu montes toutes les côtes en troisième. Donne-toi donc le temps de la réflexion... quand ce ne serait que pour te faire croire à toi-même que tu réfléchis.
JEAN
C'est tout réfléchi. La preuve, c'est qu'avant de partir, tu annonceras à M. Marges ta prochaine visite, ta très prochaine visite, tu entends.
Si tu veux.
JEAN
Et même, je ne verrais pas d'inconvénient à ce que, par une de ces allusions adroites dont tu as le secret, tu lui fasses pressentir le but de celte visite.
EUGÈNE
C'est pressé, à ce que je vois.
JEAN
C'est très pressé.
ELGÈNE.
Dis donc, est-ce que?...
JEAN.'
Tu es fou !
EUGÈNE
Je ne sais pas, moi... je te demande... c'est épatant! Je voyais bien, parbleu, que tu flirtais avec l'infante, mais je ne pensais pas qu'elle t'avait cafeté de la sorte... C'est curieux et bien fait.
JEAN
Je te défends d'employer ces mots-là, quand il s'agit de Juliette. Ah ! tu ne la connais pas. Elle s'est défendue, au contraire... elle ne voulait pas devenir ma femme.
Et pourquoi donc?
JEAN
Tu ne devinerais jamais... parce que je suis trop riche.
EUGÈNE
Très roublard!
JEAN
Idiot, brute, stupide chose épaisse! Mais c'est vrai; tu ne peux rien comprendre à ces scrupules, à ces pudeurs-là : tu ne connais que des filles.
EUGÈNE
Oh ! il n'y a pas que les filles !
JEAN
Oui, je sais bien ; mais Juliette a l'âme la plus fiére et la plus délicate, le cœur le plus noble et le plus tendre... c'est une nature vierge au point que,pourlaconvaincre,