‹ Théâtre (volume 5)Chapitre 120 sur 227 · JE\N · texte numérisé non relu

JE\N

Non. Sois sérieux, Eugène, parce que c'est sérieux.

EUGÈNE

Comment, tu joues encore à ça?

JEAN

Oui... et toi tu vas jouer à demander la main de Juliette à son père.

EUGÈNE

Comme ça, tout de suite?... C'est que je ne suis pas en tenue.

JEAN

Non, pas tout de suite, mais le plus tôt possible.

EUGÈNE

Ah ! mon pauvre gosse, tu es bien toujours le même, sans patience, enfant gâté. Il faut que tu montes toutes les côtes en troisième. Donne-toi donc le temps de la réflexion... quand ce ne serait que pour te faire croire à toi-même que tu réfléchis.

JEAN

C'est tout réfléchi. La preuve, c'est qu'avant de partir, tu annonceras à M. Marges ta prochaine visite, ta très prochaine visite, tu entends.

Si tu veux.

JEAN

Et même, je ne verrais pas d'inconvénient à ce que, par une de ces allusions adroites dont tu as le secret, tu lui fasses pressentir le but de celte visite.

EUGÈNE

C'est pressé, à ce que je vois.

JEAN

C'est très pressé.

ELGÈNE.

Dis donc, est-ce que?...

JEAN.'

Tu es fou !

EUGÈNE

Je ne sais pas, moi... je te demande... c'est épatant! Je voyais bien, parbleu, que tu flirtais avec l'infante, mais je ne pensais pas qu'elle t'avait cafeté de la sorte... C'est curieux et bien fait.

JEAN

Je te défends d'employer ces mots-là, quand il s'agit de Juliette. Ah ! tu ne la connais pas. Elle s'est défendue, au contraire... elle ne voulait pas devenir ma femme.

Et pourquoi donc?

JEAN

Tu ne devinerais jamais... parce que je suis trop riche.

EUGÈNE

Très roublard!

JEAN

Idiot, brute, stupide chose épaisse! Mais c'est vrai; tu ne peux rien comprendre à ces scrupules, à ces pudeurs-là : tu ne connais que des filles.

EUGÈNE

Oh ! il n'y a pas que les filles !

JEAN

Oui, je sais bien ; mais Juliette a l'âme la plus fiére et la plus délicate, le cœur le plus noble et le plus tendre... c'est une nature vierge au point que,pourlaconvaincre,

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