‹ Théâtre (volume 5)Chapitre 157 sur 227 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

Mme Hurtz ces tuyaux réfrigérants; mais ce n'est pas une raison parce qu'elle a résisté à Le Graffier...

CHRISTIANE

Vous ne croyez pas ce que je vous dis, naturellement... vous pensez : • — Moi ce n'est pas la même chose... — Vous avez un sourire d'une fatuité! Après tout, elle fera peut-être une exception en votre faveur... vous êtes si riche.

JEAN

Rien ne vous autorise à dire ça... Mme Hurtz est une femme du monde et dont la vie, la conduite, interdisent de telles insinuations.

CHRISTIANE

N'empêche qu'à seize ans, cette jeune muse épousait un banquier assez lourd. Il n'y aurait donc rien d'étonnant... ce serait assez dans sa ligne.

JEAN

Et puis, je vous en prie, laissons Mme Hurtz tranquille.

CHRISTIANE

Oh! oui... laissons-la... je ne demande pas mieux. Seulement, je comprends que Juliette n'ait pas d'empressement à passer la soirée avec une femme qui dit partout que vous l'adorez, que vous avez épousé une petite bourgeoise, sotte, à idées étroites... Vous pensez bien qu'il y a toujours des personnes charitables pour rapporter ces propos à ma belle-sœur.

JEAN

Les a-t-elle tenus seulement, ces propos? Les choses sont pour la plupart du temps si mal répétées. Mme Hurtz a bien pu critiquer un peu Juliette. Nécessairement, elle voit en elle une...

CHRISTIANE

Une rivale.

JEAN"

Oh! c'est beaucoup dire... Nous ne sommes qu'en relations artistiques avec \^'anda... avec Mme Hurtz... en relations de musique et de vers.

CHRISTIA^'E.

Elle vous dit, à vous, que votre musique est admirable; elle la juge autrement quand vous n'êtes plus là.

JEAN

Ahl Comment la juge-t-elle?

CHRISTIANE

Non, c'est inutile.

JEAN

Achevez, puisque vous avez commencé.

CHRISTIANE

Vous allez encore vous fâcher.

JEAN

Je vous assure que je ne me fâcherai pas.

Vous tenez absolument à le savoir?

JEAN

Si j'y tiens!

CHRISTIANE

Eh bien, elle dit que ça n'existe pas, que c'est au-dessous de tout, et que ce n'est même pas du Champagne, mais de la tisane.

JEAN

Ah! ça, par exemple, c'est odieux... c'est odieux... Notez bien que je n'y mets aucun amour-propre, je n'ai pas de prétentions au génie, moi. Je ne suis pas un

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professionnel... un amateur tout au plus qui s'amuse... qui s'amuse. Mais j'ai peine à le croire... cela dénoterait une toile fausseté... elle n'a pas pu dire ça...

CHRISTIANE

l'allé l'a dit, la semaine dernière, en plein salon, fiiez les Cliambly, devant vingt-cinq personnes, dont I 6 Graflier.

Iv'est monstrueux!

CHRISTIANE

J'ai eu tort de vous dire ça.

JEAN

Mais pas du tout... je vous remercie, au contraire... pourquoi ?

Je brise votre idole.

JEAN

Oh! mon idole!... Et puis, pourquoi me dites-vous n,out ça?

CHRISTIANE

l'arce que ça m'agace, ça m'irrite de voir un homme de votre valeur être le jouet de cette femme, qui n'a rien là, je le jure. Ah! non, elle ne sait pas ce que c'est que l'amour, elle ne s'en doute même pas; qu'elle vienne donc me trouver... je lui donnerai un beau sujet de roman.

JEAN

Il n'est pas question de roman. Depuis une heure vous vous acharnez contre cette femme qui ne vous a rien fait, à vous. Ma parole d'honneur, vous avez l'air de me faire une scène de jalousie. C'est vrai... et vous j)ronez les intérêts de votre belle-sœur avec une

âpreté. Je comprendrais que Juliette détestât Mme Hurtz, mais vous !

CHRISTIANE

Il s'agit bien de Juliette... chacun pour soi... Eh bien, moi aussi, je la déteste, je la déteste, je la déteste, là... (un silence.) Oh! non, nou, c'est affreux ce que je viens de faire. Jean, je vous en supplie, Jean, oubliez ce que je vous ai dit, promettez-moi que vous l'oublierez.

JEAN

Christiane, il est bien difficile, impossible même de ne pas se souvenir d'un tel aveu, surtout lorsqu'il vient d'une femme telle que vous... et puis il y a des mémoires malheureuses qui ne se rappellent que ce qu'on leur demande d'oublier.

CHRISTIANE

Comme il y a des sincérités détestables qui proclament ce qu'on devrait cacher au plus profond de soi-même, ce dont on devrait mourir, en se taisant.

JEAN

Non, Christiane, ne détestez pas votre sincérité... C'est elle qui me touche... qui m'émeut... Certes je ne me doutais pas... je ne m'attendais pas... bien que lorsqu'une femme a votre allure, votre charme, votre esprit, il est bien rare qu'un homme qui vit auprès d'elle, enfin... dans sa famille, n'ait jamais songé à elle d'une façon, d'une certaine façon... et voilà que tout à coup... alors maintenant je vais y penser tout le temps. Je vais y penser tout le temps.

CHRISTIANE

Non, non, Jean, ne dites pas ça, nous ne pouvons pas nous aimer... ce serait un crime, un véritable crime. Laissez-moi souffrir toute seule, laissez-moi expier.

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