‹ Théâtre (volume 5)Chapitre 175 sur 227 · PAIL · texte numérisé non relu

PAIL

Et cette campagne, il n'y a pas moyen de l'arrêter? (Geste du Baron*) Parblcu, il vcut empêcher ma réélection et se présenter à ma place, ou présenter un de ses amis.

LE BARON

Je ne crois pas... Champière ne cherche pas à s'emparer des pouvoirs publics.

PAUL

Alors, qu'est-ce qu'il veut?

LE BARON

Il te reproche, étant donné les idées que tu professes, d'avoir plaidé pour un patron contre des ouvriers.

PAUL

Mais avez-vous expliqué à Champière que ma situation est très embarrassante. Je suis l'avocat des Raidzeli. Pouvais-je faiie autrement que de plaider ce procès pour un client habituel. D'ailleurs, précisément

à cause des idées que je professe, j'ai essayé d'arranger les choses... tel autre avocat, en ma place, se fût montré moins conciliant... c'est comme pour ce procès d'héritage qu'on me reproche aussi d'avoir plaidé... avez-vous dit à Champière que cette vieille cousine des Raidzell avait été circonvenue par les prêtres et qu'il s'agissait d'enlever ses millions à la congrégation?

LE BARON

Oh! je lui ai dit tout ça... ces arguments n'ont pas paru le toucher beaucoup... ce qui l'intéresse, c'est la question de principe... il reste dans le domaine des idées.

PAUL. [^■

Oh! le domaine des idées!

LE BARON

Il prétend que tu ne devais pas, comme socialiste, plaider ces procès, et il ajoute que tu ne défendais pas précisément, comme avocat, la veuve et l'orphelin.

PAUL

Ça ne le regarde pas; je suis avocat : j'exerce mon métier. L'essentiel, c'est qu'à la Chambre je réclame les réformes que j'ai inscrites à mon programme.

LE BARON

Il y a là une dualité fâcheuse.

PAUL

Je défends qu'on s'occupe de ma vie privée. Alors, à ce compte-là, Champière peut parler demain dans son journal du dîner que je donne ce soir et même en publier le menu.

LE BARON, entre haut et bas.

Truffes au Champagne... glace tsarine... ce serait drôle.

PAUL

Encore une fois, c'est ma vie privée.

LE BARON

Privée de rien.

PAUL

Au fond, vous trouvez que Champière a raison; si c'est dans ce sentiment-là que vous vous êtes acquitté de la mission que je vous avais confiée, il n'est pas surprenant que vous n'ayez pas réussi.

LE BARON

Tu es injuste, mon petit Paul... j'ai pris ta défense le mieux que j'ai pu, mais j'avoue que j'étais souvent bien embarrassé pour répondre à Champière... j'ai trouvé un homme simple, convaincu, aimant sincèrement le peuple dont il est sorti et au milieu duquel il vit, là-haut, dans un très modeste appartement du boulevard de l'Hôpital.

PAUL

Il n'est pas nécessaire de vivre dans le quartier des Gobelins pour aimer le peuple; moi aussi, je l'aime.

LE BARON

De loin, tandis que Champière l'entend respirer et le sent souffrir... lui-même a souffert... Alors, il a pour le peuple un amour fraternel. Toi, tu n'as qu'un amour électoral... Vous n'êtes séparés que par un abîme.

PAUL

Bref, Champière est un saint... C'est le treizième apôtre.

LE BARON

N'exagérons rien... disons qu'il est l'apôtre du treizième. Je n'admire pas Champière sans réserves... La société qu'il rêve sera un peu plane... on n'y mourra peut-être pas de faim et c'est déjà beaucoup, mais on

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