‹ Théâtre (volume 5)Chapitre 176 sur 227 · ACTE TROISIÈME i9i · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME i9i

n'y mourra certainement pas de rire. Pas moins, il est lospectable; c'est un homme dont les actes ne sont jamais en contradiction avec les paroles.

PAUL

Il a de la chance, tout le monde ne peut pas se payer ce liixe-là.

LE BARON

Ah! oui; pour ça, il faut être pauvre.

PALL

Ou très riche... Et puis, Champière est un homme d'un autre âge.

LE BARON

De mon âge.

PAUL

C'est une vieille h... arbe.

J'ai eu peur.

PAUL

Il en est resté au socialisme sentimental d'Owen et de Fourier; mais le socialisme n'est plus une religion, il apparaît comme un système économique; ses chefs ne sdnt pas des prêtres et n'ont pas à prononcer des vœux de pauvreté.

LE BARON

D'accord, mais ces chefs, dont tu fais partie, doivent au moins donner l'exemple d'une vie simple. Tiens, Champière préfère des gens comme les Raidzell, qui sont carrément des jouisseurs, à ceux qui n'ont que des contours socialistes.

PAUL

Et il me range parmi ces derniers.

LE BARON

Tu t'y ranges toi-même... permets-moi de te parler en ami.

PAUL

Vous ne faites que ça.

LE BARON

Tu es plein de contradictions; à ce point de vue-là, ton cabinet de travail est très symbolique. Il est sombre et sévère; pas une image, pas un bibelot; les naïfs compagnons qui viennent parfois te rendre visite, tu t'imagines qu'ils s'en vont édifiés par tant de simplicité; mais tu ne réfléchis pas, naïf toi-même, que c'est un valet de chambre qui les a introduits et que si, par hasard, cette porte s'ouvre, ils peuvent apercevoir un élégant salon Louis XV avec des meubles dorés et des portraits de belles dames à poudre et à paniers. (Le

baron va ouvrir la porte du salon. Un homme grimpé sur une échelle est an train d'essayer l'électricité.) L'homme qui, CU CC moment,

essaye l'électricité, dirait des choses curieuses si on l'interrogeait... il n'en pense pas moins et cet électricien est un électeur.

PAUL

Naturellement, c'est ma femme qui arrange son salon comme elle l'entend... Ah ! si ce n'était que moi... je vous assure que je ne tiens pas à ces raffinements.

LE BARON

Oh! je le sais bien.

PAUL

Mais vous connaissez Christiane; ces choses-là sont sa vie, toute sa vie! Alors, je suis entraîné. Croyezvous que je n'aie pas eu de scrupules à plaider ces procès pour les Raidzell? Je savais bien que j'avais tort... mais Christiane m'y a pour ainsi dire forcé. Tenez, ce procès d'héritage, quand les Raidzell m'en

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ont parlé, c'était au mois de juin dernier... je devais faire partie du ministère... je n'en ai pas fait partie. Christiane en a éprouvé une vive déception qu'elle s'est appliquée à ne pas me dissimuler. Ah! ne pas réussir! ne pas réussir! Vous ne savez pas quel grief contre un homme cela peut être pour une femme ambitieuse et quelle humiliation pour l'homme qui aime cette femme, oui, qui l'aime!... Et, alors, ce sont les récriminations aigres, les allusions perfides, ou, ce qui est pis encore, les doléances résignées qui tombent met hodiquement sur l'amour-propre et finissent par fairedévier la volonté. Et puis, que répondrcà une femmequivous répète sans cesse : il faut vivre.

LE BARON

Oh! vivre, vivre, ce n'est pas le mot... dis plutôt qu'il faut représenter, paraître, faire plus qu'on ne peut,éclabousserlevoisin;à ce point de vuedu paraître, les plus récentes époques de corruption deviennent presque idylliques si on les compare à la nôtre. Il suffit de faire parler là-dessus nos grand'mères. Cela tient peut-être à ce que, dans une démocratie, les mœurs de cour se vulgarisent. Et puis, à l'heure actuelle, les mondes sont singulièrement mêlés, chacun veut s'échapper de son milieu... on fréquente des gens plus riches que soi... on dîne chez eux. Alors, on est obligé de rendre ces dîners et c'est bien l'expression juste, car il ne s'agit plus, aujourd'hui, de réunir quelques amis autour de sa table et de passer ensemble des heures cordiales ; mais il faut rendre les six services, la vaisselle plate, les fleurs électriques... il faut même rendre les convives, l'académicien et l'Américaine.

PAUL

Mais oui... nous rendons cesoir un dîner au comtede Gravigny... nous ne pouvons pas avoir l'air de malheureux.

LE BARON

Aussi, pourquoi vas-tu chez le comte de Gravigny ?

PAUL

Nous le rencontrons chez les Raidzêll. Parce qu'elle a épousé un millionnaire, dois-je ne plus voir înascçur?

Évidemment, tout s'enchaine.

PAUL

Oh! je sais bien que le voisinage immédiat de cette immense fortune, le côtoiement perpétuel de tous ces millions, sont pour Christiane choses irritantes et dangereuses.

LE BARON

Elle compare.

PAUL

Oui, elle compare : Christiane est de luxe et d'élégance, elle a auprès d'elle une mère vaniteuse et qui l'excite. D'un autre côté, ai-je le droit d'enfermer sa jeunesse et sa beauté dans une existence médiocre. Et puis, je l'aime!

LE BARO

Et tu ne sais rien lui refuser... tu aimes ta femme comme une maîtresse.

PAUL

Hélas! on aime comme on peut; il y a des femmes qui sont nées maîtresses...

LE BARON

Je n'admets pas le paradoxe de la maîtresse conjugale... le mari doit rester le maître, surtout si l'épouse n'est pas raisonnable.

PAUL

Lo maître, le maître! C'est facile à dire; mais,

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