SCÈNE VII PAUL, LE BAROiN, CHRISTIANE
CHISTIANE, au domeslique.
Mettez ça là!
PAUL
Encore! mais je viens de dire à Joseph...
CHRISTIANE
Oui, je sais, attends, (a Joseph.) Mettez ça là. Si tout le monde veut commander, ici, nous n'en viendrons jamais à bout... nous n'avons déjà pas un personnel si nombreux. (Le domestique e^t sorii.) On cst en train de débarrasser l'antichambre pour ce soir, alors, il faut bien mettre ça quelque part.
Il n'y a pas d'autre endroit?
CHRISTIANE
Ne t'occupe pas de ça.
298 PARAÎTr.E
PAUL
Mais si, je m'en occupe; ça me déplaît qu'on fasse de mon cabinet un garde-meuble!
CHRISTIANE
Il est si joli, parlons-en! C'est ta faute, puisque tu t'entêtes à avoir un cabinet ridicule que l'on ne peut vraiment pas montrer à nos invités. D'ailleurs, il faut absolument que tu fasses, ou plutôt que tu me laisses arranger cette pièce convenablement; passe pour aujourd'hui, mais je ne veux plus, chaque fois que nous aurons du monde, être obligée de bouleverser mon appartement. Je comprends que ça t'agace, mais si tu crois que ça m'amuse!
PAUL
Écoute, Christiane, je t'en prie, ne commence pas.
CHRISTIANE
Je te f erai remarquer que c'est toi qui as commencé.
LE BARON
Mon petit Paul, je vais vous laisser.
PAUL
Mais non, restez, Baron... j'ai encore à vous parler, restez... (a Chiisiianc.) Tu sais quelles sont mes préoccupations, quels ennuis graves je traverse, et tu choisis ce moment-là pour me parler de réceptions, de futilités, pour me faire prévoir encore des changements, des dépenses nouvelles.
CHRISTIANE
Je te propose une amélioration.
PAUL
Elles nous mèneront loin les améliorations, (ei souaiiu violent.) Mon cabinet restera comme il est, je le trouve très bien !
ACTR TROISIÈME 299
CHRISTIANE
Tu n'es pus difficile.
PAUL
C'est possible.
CHRISTIANE
Qu'est-ce qui te prend? Tu deviens fou?
PAUL
Non, je ne deviens pas fou; je deviens raisonnable, au contraire.
CHRISTIANE
11 y parait, en vérité.
PAUL
A la fin, j'en ai assez.
Tu as assez de quoi?
PAUL
J'en ai assez d'être ton complice dans cette comédie que tu joues sans cesse... car c'est une comédie pitoyable, puisque nous ne sommes pas riches.
CHRISTIANE
A qui le dis-tu?
PAUL
A toi qui agis comme si nous l'étions. 11 ne pourrait être question de lutter avec les Raidzell; tu devrais pourtant comprendre ça.
CHRISTIAN £
Qu'est-ce que le» Raidzell ont à voir là-dedans? Nous recevons ce soir des gens considérables et je veux que tout soit très bien... j'y tiens, certainement, j'y tiens.
PAUL, au Baron.
Vous voyez comme c'est facile.
LE BARON
Écoute, Paul, je vais revenir.
CIIRISTIANE.
Non, non, restez, Baron, vous n'êtes pas de trop. Je ne suis pas fâchée de vous prendre aussi à témoin.
PAUL
A témoin de quoi ?
CHRISTIAN E
Chacun ses idées. Toi, l'autre matin, pour recevoir ces communistes des Ardennes, tu as mis un veston râpé et une calotte rouge.
PAUL
Ce n'est pas vrai.
CHRISTIANE
Je t'ai vu. (au Baron.) Oui, il a fait ça... Tu as raté ton effet, d'ailleurs... à côté de toi, les autres étaient presque élégants. Ah! quelle farce, quelle farce grotesque pour le coup! Moi, du moins, si je jouela comédie du luxe, je joue un rôle dans ma nature, dans mes instincts et dans mes goûts... Ou bien, alors, sois logique, garde ton cabinet de sous-chef, mais que le reste soit à l'avenant.
PAUL
Je suis ravi de te voir dans ces bonnes dispositions. Mon intention est précisément de prendre un appartement plus modeste.
CHRISTIANE
Comme si celui-ci était un palais !
PAUL
Très modeste même, et nous renoncerons à voir des