ACTE TROISIÈME
puis, tu sais que Juliette estdans le Midi,que,sijesui9 resté à Paris, c'est uniquement à cause de toi, dans l'espoir qu'enfin... il faudra bien qu'un de ces jours tout de même j'aille la rejoindre. Alors, tout à l'heure, quand j'ai compris qu'il me faudrait partir encore sans t'avoir possédée, j'ai perdu la tête. Et puis, je ne te l'ai pas dit, l'autre soir, chez les Houlbec, une femme qui lit dans la main m'a prédit que je mourrais bientôt de mort violente.
CHRISTIANE
Ne dis pas ça, ne dis pas ça.
Ah! tu vois bien que tu m'aimes.
CHRISTIANE
Non... de mort violente? Vous ne croyez pas à ces choses-là, j'imagine?
JEAN
J'y crois sans y croire... tout de même elle a vu mon accident d'automobile... il y a bientôt quatre ans.
CHRISTIANE
Elle l'a vu parce qu'elle le savait.
JEAN
Non, non, il est marqué. .Si c'était vrai, pourtant, si c'était vrai!... songes-tu que je pourrais mourir sans avoir obtenu ce que je désire le plus au monde? Ah! si tu m'as aimé, si tu m'aimes, que pèseront tes scrupules à côté de tes remords! Je comprends que tu aies été indignée sur le moment...
CHRISTIANE
Révoltée !
JEAN
Oui, révoltée; mais je t'explique : j'ai honte de ce
328 l'ARAÎTRE
que j'ai fait... ce n'est pas élégant, j'en conviens... maintenant, si vous prononcez que je doive renoncer à vous, du moins soyons des amis comme nous l'étions avant cette malheureuse aventure, oubliez une minute d'exaspération et dites-moi que vous me pardonnez.
CHRISTIANE
Je vous pardonne et c'est bien la preuve que je vous aime : jen'ai pas de fierté; mais je ne peux pas oublier. Retenez bien ce que je vais vous dire, Jean : le hasard ferait que nous puissions être librement l'un à l'autre, jamais je ne consentirais à devenir votre femme, jamais, vous m'entendez, quand même vous m'en supplieriez à genoux. Mais, comme je ne veux pas non plus que l 'arrière-pensée d'une telle pensée subsiste dans votre esprit...
JEAN
Je vous affirme, Christiane...
CHRISTIANE
Quand partez-vous pour le Midi?
JEAN
Je ne sais pas encore... ça dépendra...
CHRISTIANE
Je vienarai demain, villa Saïd.
JEAN
Mais ce'n'est pas uniquement parce que j'ai été odieux.
CHRISTIANE
Non, c'est aussi parce que je t'aime!
JEAN
Ah! Christiane!
Ils s'euibrasserit longuement et lo rideau tombe vile, très vite, devant leur étreinte.