ACTE TROISIÈME
CFIRISTIANE.
C'est VOUS qui ne me comprenez pas, mon ami... Iljy a des femmes auxquelles leur éducation, leurs principes interdisent d'établir leur bonheur en dehors de certaines conditions mondaines, sociales.
JEAN
Vous avez réponse à tout.
CHRISTIANE
Qu'est-ce que ça signifie?
JEAN
Ça signifie que ces femmes-là ne divorcent que lorsqu'elles sont sûres d'être épousées, n'est-ce pas?
CHRISTIANE
Ah! Jean.
C'est ça que vous cherchez, dites-le donc ! Ah ! vous êtes toutes les mêmes... jamais de sincérité : toujours un but. Donnant, donnant. L'éternel système de la dragée haute... mais, ce système, vous l'avez perfectionné. Je vois clair. Vous vous êtes donnée pour que je vous apprécie, vous vou.s êtes reprise pour que je vous legrette, et, depuis des semaines et des mois, vous m'avez gardé dans la vie de votre cœur soi-disant... on l'éalité, vous me teniez en haleine. Depuis quelque temps j'avais entrevu l'explication de votre conduite \ is-à-vis de moi. Hier, là-bas, dans cette chambre, file m'est apparue nettement et, à l'instant, vous V enez vous-même de me la dire. Eh bien, c'est ce que j o \ oulais. Adieu.
CHRISTIANE
Je ne vous ai rien dit, vous mentez. Et cette explication infâme n'est que dans votre esprit à vous, dans votre irritation d'enfant gâté auquel on refuse, dans V. 28
votre orgueil d'homme riche auquel on résiste, auquel on ose résister. Mais vous n'êtes qu'un pauvre malade et vous voyez l'intérêt partout... je vous plains! Ou plutôt dites donc la vérité : vous en a^ez assez, vous désirez une rupture et, croyant être énergique, vous êtes féroce lâchement. Et alors, vous interprétez à votre façon mes répugnances aux situations équivoques. Mon élan vers vous, mes scrupules, mes pudeurs, mes tendresses, vous les salissez, vous les traduisez en calculs abominables. Ah ! c'est affreux ! c'est affreux !... Je ne méritais pas ça... je ne méritais pas ça... ce n'est pas la récompense de vous avoir tant aimé.
Enfin les larmes sont venues... elle en profile abondamment. JEAN, s'approche d'elle et veut lui prendre la main.
Christiane... Christiane...
Non, laissez-moi, laissez-moi... vous l'avez dit : Adieu... C'est fini... Allez- vous- en! Allez- vous- en!
JEAN
Christiane, je t'en prie... écoute-moi... oui, j'ai eu une pensée odieuse... je te demande pardon. Mais aussi, c'est ta faute, je t'assure... je ne suis plus moimême... c'est toi qui m'as rendu ainsi, à force d'attente exaspérante et déprimante à la fois... Je souffre, alors, je suis injuste... mais je t'aime, je t'adore, tu le sais bien.
CHRISTIANE
Je ne vous aime plus... je ne peux plus vous aimer... en vain vous voulez retirer vos mauvaises paroles, je les entendrai toujours.
JEAN
Mais laisse-moi t'expliquer... j'étais venu ici mal disposé, avec des intentions agressives, c'est vrai. Aussi, j'avais passé hier un après-midi détestable. Et