‹ Théâtre (volume 5)Chapitre 204 sur 227 · SCÈNE V CHRISTIANE, JEAN, puis GERMAINE · texte numérisé non relu

SCÈNE V CHRISTIANE, JEAN, puis GERMAINE

CHRISTIANE

Vous regardiez ça... Est-ce beau! Il fait un temps invraisemblable; la mer est comme un lac, et elle était si agitée, hier... la Turquoise est d'une couleur idéale, ce matin... Quelle jolie idée d'avoir appelé votre villa la Turquoise... Cette ouverture dans ce vieux mur et par laquelle on aperçoit la mer... c'est comme une grosse pierre bleue ! Et le grand arbre rose, à côté, met dans tout ce coin une note exquise... Ah ! ce Midi... c'est vraiment le pays d'amour. Mais si l'on n'aimait pas et si l'on n'était pas aimé, comme tout cela semblerait triste... Je me rappelle, l'année dernière, je m'étais assise à cette même place, devant ce spectacle, par un matin pareil, et je pensais : que de splendeur perdue!

JEAN

C'est vrai... et maintenant?

CHRISTIANE

La beauté des choses ne me fait plus de mal, puisque vous m'aimez. L'année dernière, je ne regardais même pas les roses dont ce jardin est rempli. Maintenant, je les salue comme des petites reines... je les respire avec dévotion... je les connais toutes par leur nom... c'est dommage qu'elles aient parfois de si vilains noms! J'aime bien quand elles s'appellent: Gloire de Dijon ^ Coquette de Lyon, Perle des Jardins, Rêve d'or, Soleil d'or. J'aime moins quand elles ont des noms de personne, à moins que ce ne soit : la Reine Olga, la Princesse de Radziwill, la Duchesse d'Edimbourg... mais peut-on les appeler : Maman

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