ACTE (QUATRIÈME
Cochet^ Papa Gantier ou M. Boncenne... quelle profanation! N'êtes- vous pas de mon avis?
JEAN
Absolument !
CHRISTIANE
Vous ne dites rien ?
JEAN
A propos de roses, Nabonnand, vous savez, l'horticulteur du golfe Juan...
CHRISTIANE
Oui...
JEAN
Nabonnand m'a offert la dédicace d'une nouvelle variété qu'il est en train d'étudier pour la saison prochaine et qui sera, parait-il, une merveille...
CHRISTIANE
Ah!
JEAN
Oui... il donnera à cette rose le nom que je lui désignerai...
CHRISTIANE
Comment s'appellera-t-elle?
JEAN
Devinez...
CHRISTIANE
Je ne sais pas...
Elle s'appellera Christiane Raidzell.
CHRISTIANE
Vous dites des folies! Elle ne s'appellera jamais Christiane Raidzell.
oiO PARAÎTRE
JEAN
Pourquoi ?
CHRISTIANE
Parce que je ne le veux pas... Et puis, ce n'est que pour le printemps prochain et, d'ici la, il peut se passer tant de choses. Non, non, il faut rester comme nous sommes.
JEAN
Vous êtes devenue bien raisonnable... vous vous contentez donc à présent de l'a peu près du bonheur.
CHRISTIANE
Oui.
JEAN
Eh bien, c'est moi qui ne m'en contente plus. Depuis que tu es redevenue ma maîtresse, depuis que je t'ai reprise, je reconnais combien tu avais raison! Oui, la souveraineté de l'amour est supérieure à toutes les lois, et le partage, les mensonges, les obstacles sont intolérables. Jamais je ne l'ai senti comme hier quand nous étions sur le yacht... tu te rappelles : j'étais au gouvernail et je commandais la manœuvre.
J'aime bien... j'aime quajid tu commandes.
JEAN
J'avais dirigé le bateau vers la pleine mer... et, peu à peu, les maisons sur le rivage, les villas sur les collines et les montagnes même disparaissaient... Alors, quand nous n'avons plus vu la terre, quelle sensation... quelle illusion plutôt, de liberté j'ai éprouvée. II me semblait que nous voguions vers des îles!
CHRISTIANE
Ah! comme le bateau fendait les vagues, comme le vent lo faisait ]ionchcr, pencher, et ses voiles blanches