‹ Théâtre (volume 5)Chapitre 214 sur 227 · PAU · texte numérisé non relu

PAU

Je te demande pardon.

JULIETTE

Voyons, Paul, tu devrais être habitué pourtant aux mœurs des réunions publiques. Que de fois t'ai-je entendu dire que les passions s'y exaspéraient et que l'humanité y devenait efl^royable.

C'est ce que je me suis dit d'abord... mais, encore une fois, il ne s'agissait pas d'injures politiques, et,

devant la violence d'accusations aussi précises, tout de même j'ai réfléchi; j'ai eu beau me raisonner, m'ingénier à trouver des réponses optimistes à toutes les questions qui se bousculaient dans mon cerveau, bien des choses que je n'avais pas remarquées en leur temps, au milieu d'autres préoccupations et, aussi, parce que j'avais une aveugle confiance, bien des choses ont pris leur véritable signification et se sont éclairées d'un jour tout nouveau. Alors, j'ai compris la nature de l'intimité qui s'est établie depuis plusieurs mois entre Jean et Christiane, sa résistance passionnée, à elle, tous ces temps-ci, à accepter la vie simple et digne que je lui propose; enfin, j'ai compris pourquoi, récemment encore, elle me laissait seul à Paris, dans un moment difficile et où j'avais besoin d'une compagne, j'ai compris pourquoi elle m'abandonnait pour venir ici, le rejoindre, obéissant au code de l'adultère, plus formel que l'autre : la femme doit suivre son amant! Hier, j'ai traversé toute la journée à devenir lucide et, le soir, j'ai pris le train. Ah ! quelle nuit j'ai passée dans ce wagon dont chaque tour de roue me rapprochait des coupables, mais aussi de la vengeance que je veux complète, éclatante, je t'assure.

JULIETTE, qui a essayé vainement de l'interrompre.

Laisse-moi parler à mon tour... il me semble que je suis intéressée aussi dans la question. Tu t'exaltes, tu t'exaltes!

PAUL

Je n'ai pas ton admirable sang-froid.

Que Christiane soit ici, n'y vient-elle pas chaque année, depuis mon mariage, à pareille époque? Qu'elle ne soit pas restée avec toi à Paris, dans un moment difficile, tu peux l'accuser de légèreté et d'indifférence, et même d'un peu de rancune, oui, d'une protestation

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