‹ Théâtre (volume 5)Chapitre 215 sur 227 · ACTE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIÈME

à cause de la vie plus simple que tu lui proposes... qu'elle résiste à Taccepter, elle aime trop Paris, le muiiile, les réceptions, les diners, les fêtes... elle les a toujours aimés. Quant à la très grande et très réelle intimité qui s'est établie entre elle et Jean, entre ton beau-frère et ma belle-sœur, c'est assez naturel... on se rapprocherait de plus loin.

PAUL

Mais je me suis dit tout ça! Et ton trouble tout à l'heure, quand tu m'as aperçu, est-ce naturel aussi, ton trouble?... comme si tu avais deviné ce que je venais faire.

JULIETTE

Évidemment, j'ai été très surprise.

PAUL

Tu es devenue toute blanche, et tes mains étaient glacées.

JULIETTE

J'ai pensé qu'une raison grave t'amenait ici; mais pas celle-là.

PAUL

Et toi-même, pourquoi, depuis quelque temps, es-tu si triste? Je ne l'avais pas remarqué; mais il est évident que tu n'as pas la gaieté et l'épanouissement de ta jeunesse et de ta fortune.

Mon fils a été malade dernièrement; j'étais inquiète.

PAUL

il est guéri, maintenant... lorsque je suis entré, tu pleurais... Crois-tu donc que je ne m'en sois pas

aperçu

JULIETTE

Vraiment, tu rapportes tout à ce qui t'occupe... on peut pleurer sur le malheur des autres.

PAUL

C'est bien rare.

JULIETTE

Ça dépend... l'idée fixe chez Eugène fait des progrès rapides... on craint pour sa raison. Et puis, je vois notre mère malheureuse, la pauvre femme... j'ai sous les yeux constamment le lamentable spectacle de notre pauvre père devenu sombre, silencieux, indifférent à tout ce qui n'est pas son égarement sentimental de vieillard... Ah! va, les causes de tristesse et de larmes ne manquent pas ici et tu n'as pas besoin de chercher d'autres complications. Il y a des moments où l'on a le droit de pleurer... c'est dans un de ces moments-là que tu m'as surprise.

Un long silence.

PAUL

Tu aimes ton mari, pourtant?

Oui, je l'aime, tu le sais bien, et l'interrogatoire que tu me fais subir pourrait être assez douloureux... Mais tu me vois bien calme à te répondre et cette tranquillité devrait te suffire.

PAUL

C'est vrai... alors tu n'as rien observé de suspect entre eux, tu n'as même pas de doutes?

Juliette fait signe que non. Paul lui prend les deux main!« et la rcgai'dL' bien au fond des yeux.

JULIETTE

Non, je n'ai pas de doutes.

Paul s'assied, retombe plutôt sur un siège bas, la tète dans ses mains» On entend une cloche.

Page 1