ACTE QUAÏIUÈME
pas ce que c'est que de voir devant soi l'homme auquel votre femme s'est livrée!
LE BAnON.
Si, mon pauvre ami, j'ai de la pitié pour toi, mais pas pour toi seul. J'en ai aussi pour Juliette, pour ta sœur qui a souiïert et souffrira encore noblement... pour son frère, a lui, dont tu as brisé la seule affection... oui, pour Eugène Raidzell, dont ce drame précipitera sans doute la folie. Je ne comprends pas, je ne peux pas comprendre ce que tu as fait... vois-tu, ça me désole!
PAUL
N'importe qui eût agi de même, à ma place.
LE BAnON.
Ah ! si tu étais un pauvre diable sans éducation et sans culture, je t'excuserais davantage. Mais tu prétends être un homme de progrès, tu prêches la fraternité universelle, tu réclames l'amour libre au même titre que toutes les autres libertés, et, dès que tu es personnellement en cause, tous ces grands mots, pour toi, perdent leur sens, et tu suis, pour le donner à nouveau, le funeste exemple d'entrer, le revolver au poing, dans le constat de l'adultère. C'est là ton crime véritable. Enfin, espérons qu'avant dix-neuf cents ans on aura ramené l'amour à ses justes proportions.
PAUL
Si je suis tellement coupable, à vos yeux, pourquoi me l'avoir arraché des mains, ce revolver? Pourquoi ne m'avoir pas laissé achever mon œuvre sur moimême?
LE BARON
Ah! c'eût été complet!... Tu ne penses qu'à toi... Pense donc à tes parents, qui t'ont déjà acquitté, eux, et dont tu désolerais irrémédiablement les vieux jours.
Sur CCS derniers mots, M . Marges est entré.