SCENE III MONSIEUR MARGES, LE BARON
MARGES
Il est parti?
Oui.
M\RGès.
C'est épouvantable! Je ne peux pas encore croire à cette catastrophe... Il me semble que des années se sont écoulées entre ce matin et maintenant... et pourtant, tout cela n'est que trop vrai, hélas!
LE BARON
Est-ce que Jean a pu reprendre connaissance?
MARGES
Oui... très peu... enfin, tout de même, puisqu'il a I demandé pardon à Juliette.
LE BARON
Oh ! il n'était pas foncièrement méchant.
MARGES
Ah! mon pauvre vieux, de tels événements vous changent les idées, je t'assure.
LE BARON
Il y a de quoi, en effet
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Cependant, le Baron a tiré de sa poche un morceau de pain et en mange une bouchée.
Tu manges ?
LE BARON
Oui... J'ai faim... Je te demande pardon... Que veuxtu? je meurs de faim... Alors, j'ai pris un morceau de pain dans la salle à manger. Je sais bien qu'on ne doit pas avoir faim quand il s'est passé un drame pareil, même s'il a éclaté au moment du déjeuner. Aussi, je ne m'en vante pas... je mange du pain... du pain... ce n'est pas de la gourmandise... Ça ne m'empêche pas de prendre la }>lus grande part à votre mallieur, croisle bien.
MARGES
Mais je n'en doute pas, mon bon ami... Je ne te fais pas de reproches. Ah! qu'allons-nous devenir?...
LE BARON
Il faut avoir du courage, mon vieux camarade.
MARGES
Songe donc : pour Paul, c'est sa carrière brisée, un procès, la cour d'assises, notre nom traîné devant les tribunaux...
LE BARON
Il sera acquitté. C'est ce que je lui disais encore tout à l'heure. Il a agi sous l'empire de la passion. Tout le monde le comprendra, l'excusera... Il n'est pas déshonoré. Et il est à l'âge où l'on peut refaire sa vie. Il la refera, sans Christiano, cette fois.
MARGES
Et ma fille, ma pauvre petite Juliette... si tu voyais dans quel état elle est!... Nous avions tout fait pour