SCENE III CÉCILE, SUZANNE, puis SOINDRES
Pauvre fille! c'est qu'elle a l'air vraiment prise.
CÉCILE
Mais oui.
SUZANNE
Ah ! décidément, ces savants font des ravages.
CÉCILE
Pourquoi dites-vous ça?
SUZANNE
Oh! au fait... pour rien.
CÉCILE
Si, vous avez dit ça pour quelque chose, Suzanne... vous n'êtes pas de celles qui parlent pour ne rien dire.
SUZANNE
Eh bien, oui, pendant que cette petite Charlotte vous parlait, je pensais à bien des choses, j'établissais des rapprochements.
CÉCILE
Oui, on m"a déjà comparée à Charlotte... alors, vous avez dit : ces savants font des ravages... Ça n'a pas deux significations : vous me croyez amoureuse de M. Soindres.
SUZANNE
Écoutez, ma petite Cécile, vous savez quelle affection tendre, fidèle et dévouée j'ai pour vous. Elle m'autorise aujourd'hui à vous poser une question. Aimez-vous M. Soindres?
CÉCILE
Vous savez bien que je n'aimerai jamais personne. J'ai déjà trop souffert, une fois, d'avoir été trahie. Je suis vaccinée, comprenez-vous? vaccinée contre l'amour. I^es hommes m'amusent; ils me distraient par leur sottise et leur fatuité; ils me donnent la comédie dans laquelle je joue consciencieusement mon rôle; mais je ne veux pas y être de ma poche; ou, si vous aimez mieux, de mon cœur, et je ne serai jamais l'amoureuse, c'est-à-dire la dupe, la victime. Etcomme, d'un autre côté, je n'ai pas un tempérament masculin, je ne ferai pas non plus les gestes de l'amour, sans l'amour. Et puisque vous me demandez sérieusement : aimez-vous M. Soindres? je vous réponds qu'il n'entre pas dans mes desseins d'être sa maîtresse et que la