ACTE DEUXIÈME
perspective de m'appeler un jour Mme Soindres ne me sourit pas davantage.
SUZANNE
Voilà qui est net; mais lui vous aime, c'est clair... depuis le jour où nous l'avons vu dans son laboratoire; c'est un homme dont les habitudes ont complètement cliangé. Il dîne en ville, il cherche toutes les occasions de vous rencontrer, et lui, qui ne faisait jamais de visites, vient ici à chaque instant. De la part de ce savant, c'est'très significatif et ça peut devenir grave, dangereux même. Songez donc ! Une femme comme vous qui fait attention à lui ! Il en est tout éberlué. Il y a des hommes dont la situation, la personnalité, l'intelligence, la valeur demandent des égards : des hommes que Ton n'a pas le droit de faire souffrir, de rendre malheureux, et vous seriez coupable à mon sens si vous l'encouragiez davantage.
On frappe.
Entrez !
La fi-mme de chambre.
JULIE
Madame, ce sont des livres qu'on apporte de chez Floury.
CÉCILE
C'est bien, posez çalà,défaiteslepaquet.(Etayanidéfaitie
paquel, Julie sort, et quand elle est sortie. ) Ah ! ma paUVre SuzanUC,
vousêtes encore pleine d'illusions... mais tousles hommes sont pareils, croyez-moi. Quant à M. Soindres, pour le moment, il n'a pas l'air malheureux, et, s'il vient ici, c'est parce que ça lui fait plaisir. Et, en supposant que je lui demande d'espacer ses visites, ne pourrait-il pas s'imaginer que je prends peur pour moi-même? Je serais désolée qu'il eût cette idée-là et autrement je me montrerais bien prude, car, en somme, il me fait la cour, c'est vrai, mais d'une façon très timide et très
respectueuse. II ne m'a pas dit qu'il m'aimait. Par conséquent, rien ne m'autorise à le décourager et, d'un autre côté, je ne vois pas pourquoi je me priverais de la compagnie d'un homme très intéressant et que toute femme serait fière de compter parmi ses attentifs.
SUZANNE
Certainement... Vous savez d'ailleurs comment je vous ai dit ça. J'ai cru devoir vous avertir d'un danger.
CÉCILE
Le danger n'étant pas pour moi, je pourrais ne pas en tenir compte, et puis n'oublions pas qu'il a écrit Prophylaxie et thérapeutique. C'est un homme averti et par conséquent...
SUZANNE. '
Il en vaut deux... la sagesse des nations est explicite sur ce point. S'il en vaut deux, pas avertis, c'est effrayant... Peut-être trouvez-vous que je me mêle de ce qui ne me regarde pas.
CÉCILE
J'accepte tout de vous, ma chère amie, parce que vous avez la nature la plus droite et la plus franche que je connaisse. Mais, soyez tranquille, votre protégé ne souffrira pas.
SUZANNE
Oh ! mon protégé.
CECILE
Lorsqu'une femme a un peu d'adresse, les événements ne prennent jamais que 'la tournure qu'elle désire et l'homme ne va qu'où elle veut.
SUZANNE
Le malheureux ! (Un petit silence. Elle Ta regarder les livres que Julie a apportés tout à l'heure.) Oh! VOilà dcS HvreS bicn
sérieux : La Vie et la Mort, Études sur la nature hu-