ACTE DEUXIEME
SOINDRES.
Il y en a de jolies.
CÉCILE
Je voudrais connaître votre pays, la maison que vous habitez, votre maman.
SOINDRES.
Oh! vous l'intimideriez beaucoup, maman... C'est une bonne femme, trèssimple, une vieille paysanne avec un bonnet... et la maison aussi est bien simple et bien vieille. Elle a eu pourtant les honneurs des cartes postales illustrées.
CECILE
Parce que c'est la maison de Soindres.
SOINDRES.
Oh ! non, parce que c'est une ancienne ferme, avec des tourelles, des tuiles et des murs hâlés par deux cents ans de froid, de pluies et de soleil... et d'où l'on voit la grande plaine de la Bresse et, dans le fond, la Côte d'Or. Et puis, tout près, c'est la montagne; des prairies et des vignes entourées de saules, et aussi de vastes espaces incultes, avec des archipels de grosses pierres grises... C'est très beau.
CÉCILE
Vos parents étaient fermiers?
SOINDRES.
Oui, et voyez ce que c'est. J'aurais bien pu être moi aussi fermier, mais mon père, ayant acquis un peu d'aisance, avait l'ambition que son fils fût un bourgeois, un monsieur, en quoi il avait bien tort... Enfin, on m'a mis au lycée de Dijon...
CÉCILE
Il faut reconnaître que votre père n'a pas eu une mauvaise idée. Il ne faut pas s'en plaindre.
SOINDRES.
Ça aurait pu ne pas réussir; après tout, il aurait peut-être mieux valu que je fusse un fermier.
CÉCILE, riant.
Vous?... Je ne vous vois pas avec une blouse. Ne dites donc pas ça, vous n'en pensez pas un mot.
SOINDRES.
Mais si, je vous assure.
Ua petit silence.
CÉCILE
C'est très drôle!
SOINDRES.
Quoi?
CÉCILE
Quand vous parlez de vos parents, vous dites : mon père et maman.
SOINDRES.
Eh bien?
CECILE
Eh bien! d'habitude, les enfants, même lorsqu'ils sont des hommes, disent : père et mère ou bien : papa et maman, comprenez-vous?
SOINDRES.
Ah! c'est que je vais vous dire. Mon père n'a pas toujours été très bien pour maman. Mon père était un homme sévère, assez dur même, et maman est la meilleure femme qui existe.
CÉCILE
Elle doit être fière, votre maman, d'avoir un fils comme vous. Je sais bien, moi, qu'à sa' place on ne pourrait plus me parler.