ACTE TROISIEME
RAYMOND
Je te fais toutes mes excuses, maman, mettons que je n'ai rien dit.
BOISDUGAND.
Ce sont des éclairs de chaleur.
MADAME DE BOISDUGAND.
Ça ne me surprendrait pas qu'il fasse de l'orage, cette nuit.
LA GÉNÉRALE
Sûrement, il fera de l'orage, je sens ça à mes nerfs... j'ai les nerfs dans un état...
RAYMOND
Ah ! comme j e vous comprends, madame la générale. . . vous n'avez pas peur du tonnerre?
LA GÉNÉRALE
C'est une chose que la femme d'un général ne devrait pas avouer; mais je ne suis pas rassurée du tout, quand il tonne.
RAYMOND
Il faut porter des chemises et des bas de soie... ça éloigne la foudre qui s'y connaît.
LA GÉNÉRALE
Mais j'en porte.
RAYMOND
A la bonne heure, vous n'avez rien à craindre.
MADAME DE BOISDUGAND.
Allons, Raymond, tais-toi, tu dis des bêtises.
RAYMOND
Mais non, maman, je t'c.ssure que la soie...
f'G L'ESCALADE
MADAME DE BOISDUGAND.
Tu parles beaucoup trop... un garçon de ton âge doit se ta're et écouter.
RAYMOND
Mais personne ne parlait.
Un petit silence.
BOISDUGAND.
C'est par une nuit pareille, il y a cent cinquante ans, qu'un jeune homme qui aimait ma trisaïeule, Aurore- Estelle de Boisdugand, escalada le balcon de su chambre, au milieu des éclairs et du tonnerre... et la viola... Aurore-Estelle avait un cœur excellent et, comme ce jeune homme menaçait de se tuer, si elle ne couronnait pas sa flamme, elle se prêta à ce viol avec beaucoup de bonne grâce.
MADAME DE BOISDUGAND.
Gaston... hm!... lim!...
LA GÉNÉRALE
Elle avait, en elîet, non seulement le cœur sur ht main, mais encore, sur tout le reste de sa personne. (Elle pouffe.) Et son mari, votre trisaïeul, qu'est-ce qu'il faisait pendant ce temps-là?
BOISDUGAND.
Il était à l'armée.
LA GÉNÉRALE
On le serait à moins.
BOISDUGAND.
Il était aux armées du roy... Il peut, en eiïet, y avoir ambiguïté et, ce jour-là, à Fontenoy, il invitait h^s Anglais à tirer les premiers cl il ne croyait pas si bien dire, car le jeune homme dont je vous parle él.iit précisément un :\ngh!''s.